VERS UN MONDE SANS CONCERTS ?

Allons nous vers la fin d’une époque ?  Celle des enfants et petits enfants de Woodstock, unis dans le partage de valeurs issues du Summer of Love (1967).  Période où la jeunesse se rassemblait pour dire non au modèle imposé par des adultes. Ces concerts qui après avoir été une marque d’identification à un groupe, un idéal, un son, une icône sont devenus un produit de consommation mais toujours un lieu de rencontres et de partage. Avec la pandémie 2020, une question brûle toutes les lèvres des fans de musique live :    va-t-on encore assister à des concerts live ?

Décryptons ! Est-ce la fin ?

Le Corona virus et le  confinement qui en a suivi ont eu un impact catastrophique pour les artistes. Concerts et tournées annulés, perte financière importantes, notoriété en berne. Les stars du circuit ne sont plus là pour faire rêver des milliers de fans. Les intermittents ont été obligés de ranger leurs instruments et survivent grâce aux subsides de l ‘Etat. La filière culturelle en générale et musicale en particulier se fait du souci.  Lieux  de convivialité et espaces confinés ne sont plus en odeur de sainteté. Quand aux festivals et concerts géants, ils ont abdiqué sous le joug du virus.  Que va-t-il se passer demain ? Comment la filière va-t-elle pouvoir se maintenir, continuer d’exister ?  Autant de questions que les artistes, les techniciens, les producteurs, les promoteurs,  les amoureux du rock, du blues, du jazz de la variété et de la musique classique, sont en droit de se poser.

Avant de développer cette thématique, nous effectuerons un petit retour en arrière pour percevoir l’évolution de l’expression artistique au cours du temps, puis nous reviendrons sur le modèle économique en cours d’avant Covid-19 et terminerons cet article  en proposant d’éventuelles solutions pour continuer de profiter de ce qui fait l’essence de la vie : le spectacle vivant

Stade Orange Marseille Concert Paul Mc Cartney juin 2015

Au commencement était la scène !

Dans la Grèce antique, la musique tenait une place essentielle dans la vie sociale, politique et religieuse. Il en est de même de nos jours, sous une autre forme certainement. Ce lien avec la musique, notamment chez les jeunes, s’est développé dans les années soixante, lorsque la musique est devenue le fer de lance de la contestation jeune, de la contre-culture. Cet attrait pour la musique s’est amplifié au cours du temps et la génération « Woodstock » a transmis cet héritage aux générations suivantes. La musique est devenu le fer de lance de l’appartenance à un groupe : hippies, babas, mods, rockers, minets, punks, même si elle est aujourd’hui davantage connectée au sens du moi des individus. Écouter de la musique est devenu une manière de revendiquer son propre espace physique et émotionnel »  (in. La musique live, ça compte…de Simon Frith).  

Si les théâtres antiques, grecs ou romains étaient  dotés d’une acoustique extraordinaire, la fée électricité a aussi permis aux artistes d’atteindre un haut niveau de perfection dans leur expression.  Certes pas du premier coup, les fameux effets Larsen qui se manifestaient sur scène de façon intempestive sont les témoins de cette époque bénie.  Mais les progrès ont été rapides du fait de groupes inventifs comme Pink Floyd,  ceux du rock psychédélique les  Who ou Blue Öyster Cult avec leur laser show. Le visuel  devenait incontournable du son et la qualité ne cessait de se développer  jusqu’à atteindre la perfection.  Le concert est  rapidement devenu l’élément moteur de la jeunesse quasi éternelle et le produit sur lequel le show business a tout misé.   

Méga concerts et festivals pour une rentabilité maximale

Les Rolling Stones au stade France Juin 2014

Bon choix donc pour  l’industrie musicale qui,  après la disparition des supports matériels comme les vinyles et les Cds, se devait, pour continuer de dégager des profits, de se réinventer et trouver de nouveaux moyens de rentabiliser des investissements productifs. L’option retenue de la fin du XXe et ce début de XXIe siècle, fut la musique live, d’autant qu’avec l’apparition du streaming, les royalties pour les musiciens fondaient comme neige au soleil. Les deux parties producteurs-artistes avaient donc un intérêt commun à privilégier la musique vivante. David Bowie le prédisait déjà  « La musique deviendra comme l’eau courante ou l’électricité. Mes amis artistes je vous conseille de vous préparer à faire beaucoup de tournées, car bientôt ce sera vraiment la seule chose qui nous restera ».

Dans le monde d’avant le Covid-19 les possibilités d’écouter la musique étaient multiples et nombreuses avec à chaque fois un très haut niveau de qualité, tant artistique, que technique le tout dans un environnement propice à la fête.

Les regroupements  entre amis étaient la règle. Les personnes liées par une même passion, les fans, les mordus de musique se donnaient rendez-vous pour des concerts uniques, des festivals grandioses, dans le seule but de vivre des moments de partage exceptionnels. Pour Simon Frith, « Le spectacle live est la forme d’expression musicale la plus véritable, le cadre dans lequel les musiciens comme leurs auditeurs peuvent juger si ce qu’ils font est « vrai ».

L’option économique retenue avait comme référence, le football.  Ses prestigieuses compétitions comme la Champion’s League, les Ligues 1, 2  et 3,  et les championnats régionaux. La  similitude se retrouvait aussi avec le cinéma : blockbusters, comédies populaires, cinéma d’art et essai, courts voire très courts métrage. La hiérarchie en musique collait tout à fait au modèle économique établi dans l’industrie du divertissement. Concerts et festivals constituaient les principales sources de revenus.

U2, Les Rolling Stones équipes majeures de la Champion’s League  du rock

Pour ce qui est des concerts, on trouvait au premier niveau donc, la Champion’s League , avec de  très grosses têtes d’affiche : U2, Les Rolling Stones, Ed Sheeran, Taylor Swift ou encore Elton John, qui effectuaient leurs tournées (européennes ou mondiales)  dans les stades pour générer des chiffres d’affaires faramineux et une rentabilité certainement tout autant fabuleuse pour les producteurs, promoteurs, agents et artistes (U2 : 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires sur la dernière décennie).  

Juste en dessous, en Ligue 1 de la musique, des artistes à forte notoriété qui se produisaient dans des salles d’environ 20 000 places (O2 Arena,  Accor Arena) surtout lors des tournées d’hiver.   Puis évoluant en Ligue 2, dans les Zénith des artistes de notoriété internationale et nationale. Et ainsi de suite jusqu’aux places de village ou les salles des fêtes pour des artistes régionaux ou locaux.  Cette classification correspondait bien pour les styles comme le rock, le rap la variété nationale et internationale.  Pour ce qui était du jazz, du blues, de la musique classique, une hiérarchie s’imposait aussi, mais avec des valeurs quantitatives moindres et des salles entre 2000 et 500 personnes  (Olympia,  Pleyel, New Morning, Bataclan, La Cigale).

Des festivals atteignent  des chiffres d’affaires astronomiques

L’autre source de revenus se trouvait  dans les festivals.  Comme le nom l’indique, ils constituaient de grandes fêtes de musique. Popularisés dans les 60’s avec Woodstock et juste avant le festival de Monterey, ils ont montré qu’ils pouvaient  permettre de dégager des gros bénéfices (Taux de rentabilité autour de 50% brut). D’où l’intérêt porté par des sociétés comme Live Nation (Main Square à Arras, I Love techno à Montpellier, Download Festival à Brétigny sur Orge et Lollapalooza à l’hippodrome de Longchamp) ou le banquier Mathieu Pigasse ( Rock en Seine).

En effet des foules immenses peuvent se regrouper sur  une courte période. Pour mémoire plus de 500 000 personnes à Woodstock, un million pour le Rock in Brasil, 200 000 à Coachella, plus de 200 000 aussi pour la fête de l’Huma et générer ainsi des chiffres d’affaires astronomiques (27,74 millions de $ pour le Outside Lands Music & Arts festival en 2019, ou 23,38 millions pour le Lollapalooza Brasil). En France, 7,5 millions de spectateurs ont assisté à des festivals en 2019)[i] Les retombées économiques sont phénoménales pour les régions d’accueil (9,2 millions d’€ pour Jazz in Marciac et 20 millions d’€ pour le festival d’Aix en Provence).

Depuis plus de 20 ans les grand’ messes de Pink Floyd, les Stones, U2, Springsteen, Madonna, Coldplay, Muse et consorts  sont certifiés Gold voire Platinum. Groupes et producteurs avaient trouvé le filon, certes qui nécessitaient une mise de fonds élevée, mais avec un retour sur investissement avéré.

La baisse des revenus de l’industrie du disque était en partie compensée par la billetterie des spectacles et les produits dérivés, pas forcément  au détriment  du spectateur (les économies faites sur l’achat de disques  permettant de dépenser plus en concerts), et tout se passait pour le mieux. Le business était à son optimum.  

Et puis, depuis 3 mois plus rien…Pertes colossales, annulations en cascade. Le système va-t-il s ‘effondrer  ?

Un monde nouveau doit s’ouvrir aux amateurs de musique

Aujourd’hui, un monde nouveau doit s’ouvrir aux amateurs de musique et bien sûr à tous ses protagonistes, artistes, techniciens, producteurs, agents, promoteurs.

Plus rien ne sera comme avant !   Les intermittents sont les premiers impactés, surtout s’ils ne peuvent justifier des fameuses 507 heures sur 10 mois. S’ils ne peuvent plus jouer que vont-ils devenir ? Non seulement ils ne pourront  pas bénéficier de leur assurance chômage, mais devront cesser leur activité créatrice et par la  suite, moins créer, moins jouer moins cotiser la spirale infernale est en vue. Leurs affaires se compliquent un peu plus. Les pouvoirs publics, l’Etat et par ricochet les collectivités interviennent pour limiter la casse et permettre aux intermittents de conserver la tête hors de l’eau.

Patrizia Poli & Pascal Arroyo

Mais il leur faudra trouver une solution car ce problème risque d’être récurrent. Aujourd’hui, on ne sait pas comment se dérouleront  les concerts de musique, sachant que les festivals (+ de 5000 personnes)  seront interdits jusqu’au 31 aout et qu’il faudra considérer un minimum de 4m2 par spectateur pour respecter la distanciation sociale. Une telle activité restera-t-elle encore rentable, sachant que les capacités d’accueil des lieux de concert seront divisées par deux voire trois ? Comment ces concerts seront-ils financés ?  Une  crise économique et sociale se profile à l’horizon.  Les partenaires privés seront-ils encore présents pour profiter et soutenir les grandes ou petites manifestations ?  Le public aura-t-il envie de replonger dans un monde où tout le monde est collé ? Le virus est, et, sera toujours dans la tête de tout un chacun, avec cette hantise « Et si ça repartait » ?

Le digital pour réinventer le  spectacle musical

Essayons d’imaginer quel pourrait être le futur de la scène musicale, quels seront les nouveaux modèles à se mettre en place pour permettre aux nombreux afficionados de continuer de se régaler de leur musique ?  Quelles seront les options retenues par les businessmen du secteur ?

Des pistes sont déjà explorées, le Covid a fait émerger une technologie déjà très présente dans la société depuis de nombreuses années, mais qui jusqu’ici était peu utilisée. Aujourd’hui, le digital s’impose avec force !  Cette  période de confinement a mis en lumière l’impérieuse nécessité pour les artistes de rester connectés avec leurs communautés. Chaque musicien muni d’un Smartphone peut d’ores et  déjà poster sur les réseaux sociaux une prestation scénique. De nombreux artistes ont utilisé ce modèle pour continuer de rester connectés avec leur public : Elliott Murphy et ses Corona Couch concerts a donné plus de 52 concerts de suite, tous les soirs à 20 h depuis le début du confinement et a joué  plus 230 chansons). Ce succès laisse présager une évolution dans cette façon de procéder. Oui, le numérique est en marche. Des spectacles se produisent chaque jour sur la toile ou les réseaux sociaux. Les Rolling Stones, comme souvent en première ligne pour la réactivité (1e groupe à posséder son logo) ont offert un titre enregistré par Mick, Keith, Ron et Charlie, chacun confiné de leur côté et ça a marché (You Can’t Always Get What You Want)[i] Apparemment, le public aime, et  l’offre semble prometteuse, mais sous quelle forme ?

Des concerts utilisant la réalité virtuelle avec les casques VR [i]

Réunir un maximum de personnes, les faire payer pour assister à un concert hors du commun, le fameux Purple (le fait de surprendre) de l’Inbound Marketing de Gabriel Szapiro, est en passe de devenir la norme (Gabriel Szapiro : Inbound Marketing au quotidien, éd. Eyrolles 2018). L’utilisation de la réalité virtuelle avec les casques VR va certainement apporter un plus dans ce qui pourrait être les concerts de demain. Il est certain que la technologie doit continuer de s’améliorer pour déboucher sur un produit hautement qualifié. Le modèle entrepreneurial va donc se mettre en action, (c’est certainement déjà le cas). Les entreprises vont investir en R&D pour obtenir cette technologie permettant de passer du réel au virtuel sans encombres. Une fois cette technologie opérationnelle et hautement  performante, les producteurs, associés ou non aux artistes, pourront organiser des concerts et toucher un public cette fois-ci planétaire.

Bien sûr pour pouvoir assister à ces événements, il faudra payer, certainement moins cher que pour un concert au stade de France, la marge totale sera calculée sur  un nombre de « spectateurs » très élevé. Ce modèle se déclinera pour conserver  la hiérarchisation sociale. Imaginons, des échanges en direct avec les  artistes, avant ou après  le concert, pour une quantité de privilégiés. Et pourquoi pas pour une caste de super privilégiés la possibilité d’assister à l’enregistrement du concert virtuel en réel à des tarifs cette fois très élevés. Etre filmés avec les artistes et promouvoir ainsi le show virtuel par une présence en réel, le désir d’appartenance qui se substitue au besoin d’appartenance cher à Maslow. La norme nouvelle, pour les grosses productions.  En terme de business de l’événementiel sera donc un mix entre l’ancien monde et l’ère digitale en voie de développement exponentiel. Un scénario tout trouvé pour les publics d’artistes tels que Madonna, Mylène Farmer, Beyoncé ou Ariana Grande

Les concerts plus intimistes vont ils survivre à ce raz de marée ?

En plus des concerts Facebook ou Instagram, des concerts par téléphone se mettent aussi en place, avec une prévalence  plus sociale qu’artistique. Et pour ce qui est du spectacle vivant, des tentatives existent déjà de donner des concerts avec des jauges réduites de moitié, du 1/3 voire des ¾ afin de garder le contact avec les fans. Le groupe Bishop Gun voulait donner le premier “concert socialement distant” aux États-Unis,  220 places au lieu de 1 000 (www.7sur7actu.be), mais n’a pas été autorisé à se produire. Peut être plus tard et cela deviendrait  un étalon pour la suite des opérations.

Élodie Frégé

Ensuite, les clubs de jazz et de blues, où les artistes ont besoin de la vibration du public pour s’exprimer peuvent, dans certaines conditions devenir le lieu sacré, le temple de la musique vivante. John Scofield le rappelait dans son interview (cf. rythmincorsica) : « Je veux bien me produire, mais avec personne à au moins de 1 mètre 50 de moi ». Les petits espaces deviendraient ce qui fait la beauté de l’expression musicale avec une écoute au plus près, une possibilité d’échanger avec les artistes sans passer par le filtre des VIP, et autres subtilités du show business. Un monde meilleur avec des concerts de choix, des tarifs raisonnables et des moments de partage qui auront une valeur d’estime bien supérieure à leur valeur marchande. L’authenticité reprendrait le pouvoir.  Seuls les initiés pourraient se sentir concernés par cet art et non plus les consommateurs qui se rendent à un concert d’AC/DC, sans jamais avoir écouté du hard rock, à un show d’Holiday on Ice. 

Le modèle économique d’avant Covid-19 continuera, sauf si…

Le monde de la musique d’après le 11 mai, sera peut être toujours aussi marqué du sceau de l’argent, mais un retour vers plus d’authenticité semble plausible. Un monde de la musique à deux vitesses va émerger. Les gagnants ne seront peut être pas ceux capables de mettre le plus d’argent sur la table. Au-delà de ça, c’est à tous les acteurs de l’univers des concerts de jouer cette partition là et en premier lieu les artistes, qui connaissent la chanson pour drainer un large public lorsqu’il s’agit de récolter des fonds (l’Éthiopie, l’Arménie ou les Restaus du cœur), car eux aussi ont la parole pour proposer des solutions gagnant-gagnant.

Peut être que  les millionnaires du rock participeront à l’effort collectif pour sauver la culture et avec elle les derniers de cordée que sont parfois  les intermittents ?  Sauf si « On » trouve un vaccin, dans ce cas là, les amoureux de la musique vivante béniront ce « On ».

N’hésitez pas à commenter !!!



[i]     Un casque de réalité virtuelle (VR, Virtual Reality), ou virtual reality headset, est un dispositif de visualisation tête haute.  Les casques VR remplacent l’environnement naturel de l’utilisateur par du contenu de réalité virtuelle, comme un film, un jeu ou un environnement préenregistré à 360 degrés qui permet à l’utilisateur de pivoter et de regarder autour de lui comme dans le monde physique. Les casques VR remplacent l’environnement naturel de l’utilisateur par du contenu de réalité virtuelle, comme un film, un jeu ou un environnement préenregistré à 360 degrés qui permet à l’utilisateur de pivoter et de regarder autour de lui comme dans le monde physique.


[i] https://www.youtube.com/watch?time_continue=54&v=N7pZgQepXfA&feature=emb_logo


[i] http://www.touslesfestivals.com

ROY HARGROVE

Remember Roy

Il s’appelait le petit prince de la trompette un enfant du « Prince des ténèbres *» sans doute ! Il nous a quitté, le 2 novembre,  il y a tout juste six mois emporté par la maladie. Mais ce qu’on retiendra de lui c’est sa totale humilité.

Roy Live

https://www.youtube.com/watch?v=CQ6dbUmU__o

Cet artiste était toujours partant pour jouer avec les fans de sa musique, les amoureux du jazz. Tel un érudit discutant au café du commerce avec le peuple,  il n’hésitait pas à extraire sa trompette de son étui pour partager son amour avec des musiciens amateurs aussi. Petite parenthèse, c’est à ces actes la qu’on peut faire le distinguo entre les grands (artistes) et les petits, ceux qui pensent avoir atteint le sommet et ne considère pas l’autre comme digne de les accompagner. La parenthèse étant fermé je vous transmets le souvenir de Roy.

Théâtre de Bastia – 2007 (Photo Michel Maestracci)

« Si c’est ça le jazz alors je suis preneur »

La première rencontre avec le trompettiste s’est déroulée à Fano, sur la côte adriatique italienne pour le festival Fano Jazz by the Sea en 2004. Dans l’antique cité il se produisait à la tête du RH Factor avec Reggie Washington (b), Bobby Sparks (org) Renée Neufville (voc), Keith Anderson (s) pour un show funk au groove profond. Le trompettiste revenait aux sources de la musique afro-américaine avec Hard Groove. On retrouvait dans son expression sa propension à faire swinguer son propos. Ceci après une période classique discographique faite de standards (Approching Standards), de clins d’œil à la musique latine (Habana) ou encore du magnifique Moment to Moment agrémenté de cordes. Ce qui fera dire à un ami féru de rock qui avait assisté à son concert bastiais (2007) « Si c’est ça le jazz alors suis preneur ».

Théâtre de Bastia – 2007 (Photo Michel Maestracci)

À la contrebasse pour permettre à un musicien local de jouer

Arrivé la veille de son concert à Bastia, Roy passât l’après-midi du samedi après midi pour se faire dyaliser. Acclamé par les autres patients il quittait l’établissement de santé après avoir signé des autographes et invité ses compères d’un moment à assister à son concert du soir. Et le spectacle fût de toute beauté avec un pianiste et un alter saxo complice. Après le concert, Roy ne s’est pas fait prier pour participer à la jam-session organisée pour l’occasion se mettant même à la basse pour permettre à un musicien local de jouer de la trompette.

À la contrebasse au café de la paix -Bastia 2007 – (photo Gérard Mussier)

Avec Roy Hargrove on était loin de l’image que certains médias voulaient donner à la musique du XXe siècle : une musique intellectuelle, froide et sans émotion.

Discographie :

Au cours de sa carrière, Roy Hargrove  a joué avec Ricky Ford (Hard Groovin’-1989) présent à Bastia en 2003, Jackie Mc Lean (Rhythm of the Earth -1992), Steve Coleman and the Five Elements (The Tao of Mad Phat – ), Slide Hampton (Dedicated to Diz-1993), Johnny Griffin (Chicago, New York, Paris -1994), Abbey Lincoln (A Turtle’s Dream – 1994), Shirley Horn (The Main Ingredient -1995), Barbara Dennerlein ( Take Off!! – 1995), Jimmy Smith (Damn – 1995 et Angel Eyes – 1996), Natalie Cole (Ask a Woman Who Knows -2002), John Mayer (Heavier Things -2002, Continuum -2006), Mario Canonge (Rhizome-2004), Linda Rondstat, Hummin’ to Myself -2004), Rod Stewart (The Great American Songbook – 2005), Mike Stern (Who Lets the Cats Out -2005), Jimmy Cobb (Cobb’s Corner -2007), Roberta Gambarini, normal pour la femme de Larry Clothier son agent (So in Love -2009) et beaucoup d’autres encore.

Jam-Session au café de La Paix avec Amadeus Chiodi (as)

Hommage à Charlie Parker

C’est dire son attraction pour de multiples artistes. Pour ce qui est de sa discographie Roy a sorti une quinzaine d’albums, le premier Diamond in the Rough , en compagnie de Scott Colley (b), Al Foster (dm), Antonio Hart au sax le tout dans un registre très bop avant d’enchaîner sur Public Eye  avec Antonio Hart (s), Billy Higgins (dm) et Chris Mc Bride (b) puis The Vibe avec Jack McDuff (org), Branford Marsalis(s), With the Tenors of our Time avec Stanley Turrentine (s), Joe Henderson (s) ,Johnny Griffin (s), Branford Marsalis (s) et Steve Coleman (s) soit deux générations de ténors.

Roy au chant (Photo Luciano Rossetti by courtesy ©)

En trio avec Chris McBride (b) et Stephen Scott (p) pour rendre hommage à Charlie Parker sur Parker’s Mood. Avec Habana il intègre le latin jazz à son répertoire puis il sort le sublime Moment to Moment avant d’aborder sa période funk avec le RH Factor. Puis de revenir à son jazz straight avec ses deux derniers albums studio. Le reste de sa carrière se poursuivra au gré des concerts et des collaborations puis plus rien. Le mal agissant pour l’empêcher de s’exprimer pleinement. Il reste malgré tout un album tout simplement magique : Direction in MusicLive at Massey Hall du trio Herbie Hancock-Mickael Brecker et Roy Hargrove, avec Brian Blade (dm) et John Patitucci(b)  pour célébrer les 75 ans du duo Miles Trane, c’était le 25 octobre 2001.

Bientôt une galerie photo dédiée à Roy Hargrove

  • Le prince des ténèbres alias Miles Davis
Good bye Roy….

DEEP PURPLE

L’histoire d’une légende part 1

Pour tout amateur de rock, voire de hard rock,  Deep Purple renvoie à « Smoke on the Water »,  « Highway Star», « Child in Time », « Hush », « Woman from Tokyo », « Burn », « Perfect Strangers », « Soldier of Fortune» pour les hits. Ritchie Blackmore, Jon lord, Ian Paice, Ian Gillan, Roger Glover, Steve Morse, John Airey, Glenn Hughes, David Coverdale pour les musiciens. Tant les chansons que les noms démontrent de la vigueur d’une formation crée en 1968.  Avec Plus de 20 albums studio au compteur, des milliers de concerts, cent millions d’albums vendus, Deep purple fait partie, avec Led Zeppelin et Black Sabbath,  de la trilogie des groupes de hard rock qui ont fait la gloire de ce genre musical. Toujours en activité le « Pourpre Profond », comme on a coutume de l’appeler continue de faire parler de lui en bien. Présents en 2008 aux Nuits de Patrimonio, nous vous proposons un survol de la carrière de cette formation.

Deep Purple à Patrimonio (2008)

Création

Tout commence en 1967,  quand Tony Edward (héritier d’un groupe de textiles) et John Coletta, impressionnés par les compositions de Chris Curtis (batteur-chanteur), consentent  à financer et gérer un nouveau groupe, qui n’existe alors que dans l’imagination de Curtis. Jon Lord (orgue) et Ritchie Blackmore (guitare) sont  les deux premiers musiciens enrôlés dans l’aventure. L’organiste venait de quitter les Artwoods (groupe formé autour du frère de Ron Wood). Curtis avait parlé à Lord d’un guitariste qui vivait alors à Hambourg et avait déjà une certaine carrière à son actif, (Outlaws, Screamin’ Lord Sutch). La formation est rapidement complétée avec le bassiste Nick Simper (ancien partenaire de Lord dans le groupe The Flower Potmen), le chanteur Rod Evans et le batteur Ian Paice, (tous deux venus de Maze).

Ian Paice batteur inamovible du Pourpre Profond (2008)

(Photo Ian Paice)

Une fois le groupe monté, le nom de Deep Purple (d’après le titre de la chanson favorite de la grand-mère de Blackmore) est choisi en remplacement de Roundabout. Les premiers concerts ont lieu au Danemark. En l’espace de neuf mois, la formation enregistre  trois albums studio (Shades of Deep Purple, The Book of Talyesin et Deep Purple) et un single (Hush). « Hush » obtient un énorme succès aux USA et grimpe jusqu’à la 4e place au Billboard top 5. The Book of Taliesyn, reprend la formule du premier succès. Il est enregistré en octobre 1968, pour coïncider avec une tournée. Enfin, Deep Purple, le troisième opus illustré par « L’Enfer du Musicien » de Jérome Bosh est l’ultime album du Deep Purple Mark I. Lord, Blackmore et Paice se sont trouvés une voie durant les tournées et souhaitent l’imposer. Ils virent leur manager et cherchent, durant l’année 69, des remplaçants au duo Evans/Simper.

Consécration

Ian Gillan ici avec Steve Morse le chanteur aux multiples allers/retours (2008)

Ritchie Blackmore commence à rechercher un nouveau chanteur. Il téléphone à Mick Underwood, batteur avec qui il avait joué dans les Outlaws. Celui-ci lui conseille de venir voir Episode Six, son groupe et surtout Ian Gillan son chanteur. L’affaire se fait immédiatement et sachant que le groupe cherche aussi un bassiste, Gillan propose Roger Glover. Le Mark II vient de naître ! De 70 à 73 Deep Purple sort 4 albums dont In Rock qui pose les fondements du hard rock. Le succès est phénoménal :  Machine Head est 1e en Grande Bretagne et France, 7e  aux USA ;  Fireball leader au Royaume Uni 3e en France et 32e aux States. Les hits défilent : « Smoke on the Water », « Never Before », « Fireball », « Black Night », « Woman from Tokyo », Strange Kind of Woman ». En 74, la formation connaît ses premiers soubresauts. Gillan, qui monte son Ian Gillan Band,  et Glover quittent le navire amiral et cèdent la la place à Glenn Hughes (b) et David Coverdale (voc). L’arrivée de celui que l’on appelera « The Voice of Rock » et du futur leader de Whitesnake permet de laisser le groupe enchaîner les succès. Burn se classe 3e en GB, 4e en France et 9e aux USA. Stormbinger fait un soupçon moins bien mais Deep Purple conserve une côte de popularité élevée tant en Angleterre que sur le continent. 1975 constitue le premeir gros clash dans le roupe.

Glenn Hughes « The Voice of Rock » avait pris la suite de Roger Glover à Erbalunga (2009)

Explosion

Ritchie Blackmore présent depuis 68, quitte le band. Il monte Rainbow  avec Ronnie James Dio (voc) et plus tard Cozy Powell (dm), Jimmy Bain (b) et Tony Carey (kbd). Une formation similaire par l’instrumentation à celle de DP. C’est le talentueux Tommy Bolin venu du James Gang  qui le remplace au sein du Pourpre Profond pour Come Taste the Band. Si l’entente entre Bolin et Hughes est totale, avec un goût prononcé pour une expression soul et funk, cela n’empêche par Deep Purple de se séparer au cours de cet épisode IV. Jon Lord avec le batteur crée P.A.L. (Paice-Ashton-Lord) et  Bernie Marsden (g) qui intégrera plus tard Whitesnake. David Coverdale et Glenn  Hughes partent sur des projets solos. Le chanteur va très vite former Whitesnake avec Bernie Marsden en 78. Glenn Hughes s’associe avec Pat Thrall. Tout le monde est recasé et obtient plus ou moins de succès.  

Bernie Marsden à Bastia (Festival jazz Equinoxe 2011) n’a jamais été guitariste de DP, mais a joué avec P.A.L. et Whitesnake
Roger Glover (Toulon 2010)

Refondation

Malgré cela, Deep Purple va renaître sur les cendres des groupes montés par ses membres les plus populaires. Blackmore, Paice, Lord, Gillan et Glover se retrouvent pour donner naissance à l’album Perfect Strangers. Dix ans après les premiers soubresauts DP flirte  à nouveau avec le succès. 5e en France et en Grande Bretagne, 17e aux USA ; l’album obtient trois hits. La tournée se termine à Knebworth devant 80 000 spectateurs. L’attente a été longue mais les fans sont récompensés.  L’embellie va être de courte durée. Si The House of the Blue Light réussit un beau score dans les différents classements,  les dissensions réapparaissent au sein de la formation et après Nobody’s Perfect, Gillan tire une nouvelle fois sa révérence. C’est Joe-Lynn Turner du groupe Rainbow qui lui succède. On reste entre soi chez DP. Le succès n’est pas vraiement au rendez-vous de cet opus (Slaves and Masters).  Qu’à cela ne tienne, Gillan revient à la maison pour faire parler la poudre sur  The Battles Rage et la belle histoire se poursuit. Les ventes vont mieux et les chamailleries aussi, notamment Gillan et Blackmore qui se disputent encore.  C’est Joe satriani, l’Alien,  qui prend les six cordes en main pour palier au nouveau départ du guitariste, parti fondé Blackmore’s Night avec Candice Night, sa compagne.

Continuation

Steve Morse a pris la place de Ritchie Blackmore après l’intérim de Joe Satriani (2008)

Dans cette configuration DP ne sort pas de disque.  La collaboration de satriani sera de courte durée et c’est Steve Morse (Kansas) qui va lui succéder à la guitare. Avec lui le MK VII sort Perpendicular puis Abandon. Tout semble aller pour le mieux jusqu’à ce que Jon Lord annonce son ambition de quitter le navire amiral. Nous sommes en 2002, c’est Don Airey (Rainbow, Gary Moore) qui se colle aux claviers. Le groupe continue de surfer sur la vague du succès même si ce dernier s’est déplacé à l’Est en Allemagne et Russie. En 2012, John Douglas Lord décède des suites d’une longue maladie comme on dit.  Infinite est le dernier album studio que le pourpre profond ait sorti (2017), quatre  ans après le sympathique Now What ?!Don Airey

Don Airey a remplacé Jon Lord aux Claviers (2008)

Deep Purple en chiffres

21 albums studio (palme d’or au MK II avec 4 disques),

8 formations différentes (Mk)

4 chanteurs (Rod Evans, Ian Gillan, Joe Lynn Turner)

3 guitaristes (Ritchie Blackmore, Tommy Bolin, Steve Morse)

3 bassistes (Nick Simper, Roger Glover, Glenn Hughes)

2 claviers (Jon Lord, Don Airey)

1 seul batteur en la personne de Ian Paice.

4 Groupes principaux : Rainbow, Ian Gillan Band, PAL, Whitesnake

et une myriade d’autres.