JOHN SCOFIELD

From East to Swallow

(réalisée par Facetime le 12 avril 2020)

Comment allez- vous ?

Cela  fait trois semaines que je reste confiné chez moi.  Ce n’est pas trop dur car je suis plus âgé que beaucoup d’autres musiciens et j’ai de l’argent de côté.

Pourquoi avoir retenu Steve Swallow plutôt que Bill Stewart ou Larry Goldings pour ce nouvel album ?

J’ai souvent joué en trio avec Bill et Steve et parfois nous jouions les chansons de mon ami bassiste. J’ai commencé à me produire avec lui quand j’avais 20 ans. Il m’a bien aidé quand j’ai débuté dans la musique. Nous sommes devenus très bons amis. Et j’ai tout le temps joué avec Bill. Pour tout vous dire notre 1e album en commun date de  1980 c’était Bar Talk.  

Swallow Tales est annoncé comme étant votre premier album chez ECM. Pourtant vous avez déjà  enregistré, notamment Saudades  avec Jack De Johnette et Larry Goldings en 2006. Y a-t-il une différence dans votre contrat à présent ?

Oui c’est bien la première fois que j’enregistre pour ECM. L’album que vous évoquez avec Larry et Jack De Johnette c’était dans un format groupe de même avec Marc Johnson (Shades of Jade). Mais c’est bien la première fois que j’enregistre pour le label de Manfred Eicher en qualité de leader.

Comme faire un album de standards

Comment avez-vous sélectionné les chansons à mettre sur cet album?

J’ai appris la plupart de mes chansons en grandissant dans les années 70, quand j’étais à fond dans mes études musicales !  Je jouais quelques titres et j’étais à l’aise pour les reprendre, mais quelques unes sont plus récentes. Steve m’en avait envoyé, il y a quelques années, et j’ai trouvé qu’elles devaient convenir, mais c’est vrai, j’ai un tas de chansons que je pourrais incorporer à cet album. Steve m’avait notamment transmis (« Awful Coffee »), et je l’avais trouvé intéressante à jouer. Mais il y en avait plein d’autres comme  « Portsmouth Figurations ». Je l’avais apprise dans les années soixante-dix. Elle était sur Duster,  l’album de Garry Burton, je l’ai apprise de son album. Je pense que tout ce que nous jouons redevient nouveau. C’est comme faire un album de standards pour moi.

labels : Blue Note, Verve, EmArcy, Grammavision. Que vous offre de plus ECM par rapport aux autres maisons de disques.

En un sens,  ils sont tous les mêmes.  Ils sortent vos albums et les gens les écoutent. Mais ECM a une histoire incroyable avec des artistes fameux. Il était important d’exposer au monde une nouvelle vision de là musique et je suis heureux et fier qu’il m’accepte d’être sur ce label. Je suis conscient de la belle chance qui m’est offerte.

Le slogan d’ECM  est : « The Most Beautiful Sound Next to Silence ». (Sourire de John) Que pouvez vous apporter a ce slogan ?

Je ne connaissais pas ce slogan mais peut être est-ce  seulement la dernière chose que nous allons jouer avant le silence. Je ne sais pas, mais je n’ai jamais fait un album en pensant que je vais faire un album pour telle ou telle maison de disques. Je fonctionne de même pour ECM. Mais Swallow Tales est un disque que je souhaitais réaliser et je l’ai fait.  J’attends qu’il sorte et peut être va-t-il être apprécié ? Je ne sais pas encore ?  (ndlr : la date de sortie était prévue le 15 mai, elle  a été décalée au 5 juin).

Donc vous êtes un musicien libre quand vous réalisez vos disques ?

Bon, parfois le président de la maison de disques peut me dire : «  Oh je ne pense pas que ce soit une bonne idée aussi ne le fais pas ». Mais la plupart du temps je fais ce que je veux dans  mes projets.

J’aime le trio avec une basse et une batterie

Vous avez joué dans différents formats, en avez vous un de préféré et si oui lequel ?

J’aime le trio avec une basse et une batterie  car c’est celui qui permet au guitariste de réellement bien s’exprimer. Mais parfois cette  formule me fatigue. Alors j’apprécie de jouer avec un claviériste, très sensible au fait de partager la musique avec un guitariste. C’est important de le noter, comme le piano est prédominant dans la section rythmique, certains musiciens prennent trop de place. Aussi il faut trouver le gars juste qui laisse la guitare se faire entendre  et en cela j’apprécie de jouer avec Gerald Clayton ou Larry Goldings. Donc j’aime aussi m’exprimer en quartet et réellement je souhaiterais pouvoir me produire un jour avec un groupe encore plus grand : quatre cuivres et une section rythmique. Mais c’est dur à mettre en place, car il est plus difficile d’obtenir des dates dans ce format, notamment à cause de l’aspect financier. Donc ce n’est pas aisé. Mais j’aimerais vraiment  le faire. Enfin, j’aime les  challenges et  je voudrais  aussi me produire en solo, car je ne l’ai jamais fait. J’aime toutes ces situations c’est vraiment merveilleux quand vous  changez et que  vous allez vers des horizons qui ne sont pas les vôtres. Ainsi, on  ne s’ennuie jamais !

Jim Hall disait un soir, après avoir joué avec Joe Lovano : « Ce soir j’ai bien appris ». Vous avez souvent joué avec Lovano, qu’avez-vous appris avec lui ?

J’ai tellement appris avec lui ! Il suffit de l’écouter. C’est tellement incroyable comme il a tant de choses en lui qui sortent quand il improvise. Il pense toujours au contraste, aux façons de faire fonctionner la musique comme si nous parlions de toiles abstraites. Surtout ce que j’apprends de lui, c’est d’écouter à quel point l’improvisation jazz peut être bonne. Quand vous jouez avec quelqu’un d’aussi bon, vous apprenez vraiment parce que c’est votre âme qui reçoit et vous devez être capable de jouer dans la foulée quelque chose qui va mettre  à l’aise vos partenaires. J’ai tellement de chance de jouer avec Joe. Il m’a donne toujours donné une leçon, dans le bon sens.

Et avec Jim Hall ?

La première fois que j’ai entendu Jim, j’ai réalisé qu’il existait un moyen de chanter à la guitare. Il y a tellement de façons de jouer, mais Jim a proposé une autre approche, à nous tous. Il a  magnifié l’âme et la beauté de la guitare électrique. Il est toujours mon joueur préféré Il pourrait jouer juste quelques notes derrière un joueur de cor que ça serait toujours beau. Il est tellement de bon goût. Il swinguait vraiment fort. Ce son à la guitare, le son qu’il pouvait lui donner.

J’ai des arrangements pour quatre guitares

Votre carrière est toujours aussi riche et prolixe. Quels autres projets aimeriez vous mener ? Un hommage à Miles Davis, des sets à plusieurs guitares, composer pour bigband ?

Je demande, avant tout,  à être un bon guitariste. Ensuite avoir des  projets et jouer avec Mike (Stern) et aussi Bill (Frisell) et Pat (Metheny), c’est toujours volontiers, il ne reste qu’à accorder nos agendas. Mais il y a aussi tout un ensemble de jeunes guitaristes, quand je dis jeunes c’est parcequ’ ils le sont plus que moi, comme Kurt Rosenwinckel,  Peter Bernstein ou Julian Lage avec qui j’aimerais partager des projets.  J’ai quelques arrangements pour quatre guitares et une section rythmique, ça  serait comme un petit big band de guitares. Mon ambition serait de réunir ces musiciens et jouer mes compositions.

C’est une excellente idée !

J’ai beaucoup d’idées vous savez et  j’espère pouvoir toutes les réaliser. Là, je joue en quartet avec clavier,  basse et batterie. Nous avons joué une soixantaine de morceaux rock  mélangés  au jazz, c’était too Amazing. Je viens de commencer maintenant et espère venir l’année prochaine en Europe présenter mon projet que j’ai intitulé   Yankee Go Home !

Êtes vous satisfait du mode de rétributions organisé par les plates-formes de streaming ?  Est ce un bon ou mauvais deal pour les musiciens?

Oh c’est une très mauvaise  affaire pour les musiciens, pour ce qui est de l’aspect financier bien sûr. C’est un univers totalement autre. Il n’y a plus ou quasiment plus de revenus des ventes de musique enregistrée et rares sont les  musiciens de jazz ayant  vendu assez de disques pour pouvoir  rester à la maison et vivre de leurs royalties. Aussi, nous devons toujours nous produire en live et tant que nous sommes bons sur nos instruments, que nous pouvons jouer en public, dans des clubs et faire des concerts, ça ira forcément. C’est comme ça que je gagne de l’argent et donc ce nouveau modèle économique ne m’affecte pas trop. C’est un monde différent, qui n’a pas vraiment affecté le jazz, mais le monde de la musique. Du coup,  beaucoup de grands talents l’ont compris parce qu’ils pensaient faire beaucoup d’argent en écrivant de la musique. Mais maintenant c’est plus difficile de le faire et ils peuvent envisager de faire autre chose de leur vie.

Pensez vous qu’après le Corona virus le monde de la musique  va changer ?

C’est ce que les gens disent. Une fois la fin du confinement, je souhaite vraiment pouvoir retourner dans les clubs, écouter, de la musique y jouer.  Mais je demanderai toujours aux gens d’être à un mètre cinquante  de moi. Je ne sais  pas combien de temps cela va durer pour nous permettre de revenir jouer ? En attendant,  merci et prenez soin de vous !

Michel Maestracci

Le parcours discographique de John  Scofield  (à chaque fois un titre à écouter)

1977 :   East Meets West (« Any Who Else »)

1978 : Rough House (« Rough House »)

1979 : Ivory Forrest (« Monk’s Mood »)

1980 : Bar Talk (« Fat Dancer »)

1980 : Who’s Who(« The Beatles »)

1981 : Shinola(« Dr Jackie »)

1984 : Electric Outlet (« Pick Hits »)

1986 : Still Warm (« Gil B643 »)

1986 : Blue Matter (« The Nag »)

1987 : Loud Jazz  (« Signature of Venus »)

1988 : Flat Out  (« Science and Religion »)

1990 : Meant to Be (« Mr. Coleman to You »)

1990 : Time on my Hands  (« Flower Power »)

1991 : Grace under Pressure (« Twang »)

1992 : What We Do(« Big Sky »)

1993 : Hand Jive (« Dark Blue »)

1993 : I  Can See your House from Here (with pat Metheny) (« No Matter What »)

1995 : Groove Elation  (« Peculiar »)

1996 : Quiet  (« Away with Words »)

1998 : A Go Go (« Chank)

2000 : Bump (« Chichon »)

2001 : Works for Me(« Big J »)

2002 : Old Folks (« Wanderlust »)

2002 : Überjam (« Animal Farm »)

2003 : Up All Night (« Creeper »)

2004 : En Route (« Alfie »)

2005 : That’s What I Say  (« Unchain my Heart »)

2006 : Saudades (DeJohnette-Goldings-Scofield) (« Seven Steps to Heaven »)

2007 : This Meets That (« Behind Closed Doors »)

2008 : Solar (Scofield-Abercrombie)(« Four on Six »)

2009 : Piety Street (« Motherless Child »)

2010 : 54(« Out of the City »)

2011 : A Moment’s Peace (« I Want to Talk About You »)

2013 : Überjam Deux(« Endless Summer »)

2014 : Three Times Three (Sanchez-Scofield-McBride) (« Nooks & Cranies »)

2014 : The Trio Meets Scofield (Pablo Held Trio)

2015 : Past Present (« Get Pround »)

2016 : Country for Old Men (« Red River Valley »)

2017 : Hudson (DeJohnette-Grenador-Medeski-Scofield) (« Hudson »)

2018 : If You Could Hear of Us (Abercrombie-Bogdanovic-Scofield)

2018 : Combo 66 (« Uncle Southgern »)

2020 : Swallow Tales (« Away »)

Merci à Allmusic.com

OLIVIER DURAND

Guitar Man du Havre

Olivier Durand a débuté la musique par la pratique du piano. Depuis qu’il est enfant il voue une passion pour le chant, il reconnaît même avoir créé une chanson sur les vaches. Par l’entremise d’un cousin batteur, il s’est mis à jouer sur les fûts.  Enfin, avant de devenir guitariste, il a encore  voulu tester la basse pour jouer « Walking on the Moon », comme Sting. Ensuite, une tante lui a donné sa guitare et il a débuté avec  AC/DC en tenue d’Angus Young ! Il  était à fond dans la guitare et l’est toujours ! Elliott Murphy qu’il accompagne depuis bientôt un quart de siècle ne s’en plaint pas. 

Quel type de guitare possédiez-vous ?

J’avais une copie d’une Fender Strato et je jouais avec des copains. Au début, je ne comprenais pas les histoires d’accords, les barrés étaient écrits bizarrement sur les partitions. J’avais l’impression qu’il fallait dix doigts pour faire un accord. Ensuite, j’ai compris qu’il n’en  fallait qu’un doigt. J’aimais jouer « Rock Around the Clock » et c’est d’ailleurs le premier solo que j’ai appris (il mime le solo).

Pourquoi écoutiez-vous Bill Haley ?
Mon frère devait avoir une compilation et il y avait aussi tous les autres hits de l’époque « See You Later Alligator » etc.

Vous étiez au collège à cette époque et comment réagissaient vos copains de classe ?

Oui, j’étais scolarisé au Havre et ça ne se passait pas très bien avec mes collègues. En fait, j’étais différent. Je venais d’une petite ville et pour eux qui venaient de classes sociales très favorisées, je n’étais qu’un manent de la  campagne. Ils  jouaient du piano classique alors que je faisais du rock. Malgré tout, j’avais deux ou trois copains et à la récré nous parlions musique. Je pense à Florent Barbier, que je vois toujours et avec qui nous avons débuté ensemble. Il a été le batteur des Roadrunners et aujourd’hui il possède son studio à New York. On avait la même envie et nous bossions tous les deux tout le temps. On avait cet objectif commun de faire de la musique.

Quand avez-vous su que vous alliez devenir musicien professionnel ?

C’est un rêve que j’ai depuis mes treize ans, mais on vit dans un monde où l’on nous dit : « Tu dois faire de vraies études, avoir un vrai métier ». Alors, je pensais devenir journaliste, pas forcément de rock. Ce qui m’intéressait c’était de découvrir apprendre des choses des autres.

Donc vous avez fait des études ?

Oui,  je jouais toujours de la guitare et dans le même temps j’ai obtenu un bac A2. Ensuite, j’ai rejoint Paris pour faire l’IACP (école de jazz), qui était très free à l’époque. J’ai mis des noms sur des choses que je connaissais en tant qu’autodidacte et j’ai compris les règles de la musique.

Vous découvrez la théorie, avec une votre expérience et là vous décollez, mais comment cela se passe-t-il ?

J’avais un groupe,  Why Not et nous faisions quelques concerts. Un jour nous sommes sélectionnés pour un tremplin rock au Havre.  Little Bob en était  le parrain et le président du jury. Et ce soir là, après les délibérations, il est monté sur scène et a décidé de me donner le prix du meilleur  guitariste, alors qu’il n’y en avait pas de prévu. Ça a été ma première rencontre avec Bob. Il faisait toujours partie de Little Bob Story (LBS).  Il devait entamer sa carrière solo, aussi m’a-t-il demandé de l’aider à écrire des nouvelles chansons. Je lui envoyais des morceaux et après une année à échanger j’ai débuté avec lui.

Je connaissais tout Too Young to love Me

Et bien, que j’ai du boulot parce que pour nous, en tout cas au Havre, Guy George Gremy le  guitariste de LBS était notre modèle. Je connaissais tout Too Young to love Me (écouter ! ici) l’album de l’époque. J’avais appris tous les solos de Guy-George. C’était mon modèle et je pouvais le croiser au Havre.

Outre  Little Bob vous avez évoqué d’autres groupes de la région. Échangiez vous beaucoup  entre vous ?

Avec les Why Not, nous avions fait la première partie pour un concert de soutien à un club du Havre qui avait fermé. Nous étions les petits jeunes au milieu des groupes havrais comme les Scamps, les City Kids, les Kings Snakes,  dont le batteur est devenu celui de la Mano Negra. Je mettais le pied dans le milieu rock havrais et j’ai demandé des conseils.  J’ai beaucoup parlé avec les Roadrunners car j’aimais bien les morceaux avec des harmonies vocales. Je  voulais savoir comment ils faisaient. J’ai tout de suite voulu apprendre des autres. C’était en 1989 !

Combien de temps êtes vous resté avec Little Bob ?

J’y suis resté pendant neuf ans.

C’est après neuf années avec Little Bob que  vous rencontrez  Elliott Murphy. Comment celà s’est-il passé ?  

Je me souviens, en janvier 96, je rentre chez moi et j’ai un message en anglais sur le répondeur. J’avais  l’impression que c’était mon copain Kenny Margolis, qui avait joué avec Bob.  Je ne voyais pas qui pouvait m’appeler d’autre.  Il y  avait cet accent new yorkais et à la fin je comprends que c’est  Elliott Murphy, que j’avais rencontré une ou deux fois. Il me disait qu’il souhaitait que je vienne à Paris faire un essai. Je m’y rends avec Jérôme Soligny (auteur et compositeur pour Daho, Dani, Indochine). Arrivé chez lui, je grimpe les cinq étages et tout de suite, on  commence à jouer l’album Selling the Gold qui devait sortir ( écouter Selling… ici). Elliott devait aussi faire l’émission Taratata. On a répété le morceau ensemble.  Il était surpris de ma culture, que je connaisse les open tuning. Selon lui, j’étais le premier français à comprendre ce qu’il racontait.  Bon au final je n’ai pas fait Taratata , car il avait promis à Sal Bernardi, le guitariste de Ricky Lee Jones. Mais trois mois après, on faisait le printemps de Bourges ensemble ! C’était notre premier concert.

Donc, vous jouiez à la fois avec Little Bob et Elliott Murphy ?

C’était en 1998, j’étais en fin de parcours avec Bob et j’avais l’impression de ne plus apprendre avec lui. Par contre, le peu que j’avais fait avec Elliott, c’était vraiment une ouverture vers d’autres pays,  d’autres cultures.

A la base je suis plutôt rock, voire hard rock

Musicalement que vous a apporté Elliott Murphy ?

A la base je suis plutôt rock, voire hard rock et Elliott plus folk-rock.  Avec lui j’ai compris Bob Dylan, Stephen Stills. La première tournée que j’ai faite en sa compagnie, nous écoutions Dylan tous les jours dans sa voiture et Elliott m’expliquait ses textes avec l’histoire de l’Amérique et de la musique aux USA. J’ai eu un cours de musicologie ! Après ça, il m’a proposé une autre tournée et j’ai dit OK et aujourd’hui ça fait 24 ans que nous sommes ensemble.

Est ce que ça vous a permis de côtoyer d’autres artistes ?

C’était aussi un gros challenge car sur Selling the Gold, il y avait Sonny Landreth qui joue sur deux ou trois morceaux, Chris Spedding et Mick Taylor, donc hou, je me suis dis il y a du boulot. J’ai beaucoup appris en écoutant tous ces disques là,  et après avec Elliott j’ai rencontré beaucoup de personnes.

Comment cela s’es-il  passé quand vous avez commencé à jouer avec Elliott ?

En fait, au début, Elliott nous envoyait  une setlist, nous étions plusieurs musiciens à débuter  avec lui et il nous disait : « Je voudrais jouer ces morceaux là, pouvez vous les apprendre ? » et la grosse différence avec Bob, c’est qu’Elliott nous demandait simplement d’apprendre les morceaux sans nous donner de direction.  Très vite, il m’a demandé de m’exprimer dans sa musique. J’ajoutais ce que je voulais et encore aujourd’hui, s’il n’aime pas ce que je fais il me le dit. Par contre, s’il aime il me pousse pour aller plus loin. En fait, avec lui j’apprends toujours !

https://static.qobuz.com/images/covers/60/60/3610155706060_600.jpg

Vous évoquiez les rencontres faites avec Elliott, à qui pensiez vous ?

Un jour, nous jouions en Italie et Bruce Springsteen se produisait  à Bologne. Il m’a dit j’ai une place pour toi, tu viens avec moi. On assisté à un bout de la balance puis on s’est retrouvés au catering avec une partie des musiciens, où j’ai rencontré Bruce vite fait. Ensuite, on était sur le côté de la scène, on assistait au concert et j’en ai pris plein la figure et je me suis dit : « Olivier tu as du boulot » ! Et ce qui m’a plu encore chez lui c’est qu’au moment de balance Bruce a dit : «  à tous les bénévoles, on joue pour vous toute de suite ». Ils ont fait trois morceaux pour eux comme s’il était en concert. Il a une générosité. Donc, en côtoyant ces artistes  on apprend aussi bien humainement que musicalement !

Vous  avez accompagné Little Bob et  Elliott Murphy. Avez-vous des projets en solo ?

Au Havre, du temps de Bob, j’écrivais mes propres chansons et je faisais des concerts en solo. Je faisais ce que préconisait Johnny Cash.

Et que disait Johnny Cash ?

Pour être un bon songwriter, il faut écrire une chanson par jour. Après elle ne sera peut être pas conservée, mais au moins on apprend à écrire. A une époque, j’ai fait ça. Musicalement, les idées viennent facilement mais pour les textes c’est plus dur.

Avec Elliott on va sortir un album d’inédits

Et Elliott vous aide-t-il ?

Si mes textes sont en anglais, oui. Je les lui envoie et il me les corrige et sinon s’il constate que je suis perdu, il conserve l’idée de base  et il termine  comme mon texte de ce soir « Baby Blue ».  Il avait compris ce que je voulais dire et il l’a transcrit encore mieux que moi.

Que représente Elliott pour vous, un père, un professeur, un maître ou rien du tout ?

C’est entre le grand frère et le meilleur copain. Quelque chose comme ça. Il y a une sorte de lien familial. J’ai eu la chance de côtoyer sa mère,  mais aussi son frère et sa sœur et j’ai toujours l’impression de faire partie de la famille. D’ailleurs quand j’envoie des messages à  Gaspard (le fils d’Elliott) je dis : « c’est tonton Olivier ». On ne peut pas travailler pendant 23 ans avec une personne sans que rien ne naisse de cette relation. On partage beaucoup de choses ensemble et ce de plus en plus.

Quel est votre avenir proche ?

Avec Elliott on va sortir un album d’inédits. Gaspard y travaille dessus, il produit il mixe.
 

Et Olivier Durand a-t-il des ambitions ?

On en parle avec Elliott. Il me pousse à faire des choses, à écrire plus et sortir pourquoi pas un album en solo. Mais aujourd‘hui comment les sortir ? En physique ou par Internet ? La difficulté est de savoir comment ça marche,  de savoir où l’on va dans l’univers de la musique.

Et que vous dit Elliott ?

On se pose des questions tous les deux. Savoir ce qu’il faut faire, même pour lui. Savoir où on met les pieds. Bon, avec les concerts qu’il fait, lui forcément il vend des disques car les gens te rencontrent, ils sont contents d’avoir un truc en sortant du concert et encore un peu en magasin. Donc je pense produire un disque en auto production pour le vendre au cours de mes concerts. J’y pense depuis longtemps, mais mon problème c’est que j’ai à la fois les chansons et tout ce que je fais en instrumental, donc se pose le dilemme du choix.

Vous pourriez peut être  faire deux albums ?

Voire trois !

JANYSETT McPHERSON

Las Nuevas Estrellas de la Riviera

La pianiste cubaine a été nominée plusieurs fois au « Cubadisco Internacional », l’équivalent du « Midem » pour le marché international de la musique latine, mais dans le pays  dans lequel elle vit depuis plus de dix ans rien de tout cela. Pourquoi Janysett McPherson ne capte-t-elle pas encore les radars hexagonaux menant au succès. Nous vous proposons de découvrir à travers cette présentation  celle qui sur scène se fait accompagner par Michel Alibo, Andy Narell, Rafael Paseiro, Minino Garay, Jean-Marc Jafet, pas n’importe qui vous en conviendrez, mais aussi  Hadrien Feraud, Olivier Louvel, Nicolas Viccaro Pierre Bertrand, et Dominique Viccaro son compagnon dans la vie.

JL Neveu 2015

Actuellement vous effectuez de nombreuses tournées aux Antilles, dans les Caraïbes. Est-ce  un retour aux sources, la traduction d’un besoin ?


Disons que je suis une fille qui vient des Caraïbes, ça fait partie de mon identité, Retourner aux Antilles c’est en quelque sorte une manière d’explorer la musique  de cette région. Je viens d’arriver  de Trinidad et Tobago au festival  Jazz Artists on the Green, qui met en avant les artistes caribéens. C’est un véritable plaisir d’échanger avec les musiciens de là-bas.

Vous avez commencé à Cuba à jouer n’est ce pas ?

Oui, j’ai commencé très petite. A cinq ans, je chantais et mon père m’accompagnait à la guitare dans des petits spectacles de crèches. Ensuite, j’ai effectué le parcours classique au conservatoire, l’école nationale de musique de la Havane et les premiers échanges professionnels avec des artistes qu’ils soient confirmés ou en devenir. J’ai effectué une rencontre cruciale dans ma vie en tant que musicienne, c’est celle avec Alain Perez.

On s’est connus à l’école nationale d’art. Il était guitariste et il est devenu celui de Chucho Valdes. Son parcours l’a amené à devenir le bassiste attitré de Paco de Lucia. Il a signé de nombreuses collaborations à Cuba et aux USA.  Je faisais partie de son groupe et j’ai beaucoup appris avec lui sur la scène et les rencontres se sont enchainées avec l’Orquestra Anacaona de Cesar « Pupy » Pedros, dans le style populaire cubain, puis il y a eu Jérôme Savary sur « Le Bourgeois gentilhomme ».

« La pianistique cubaine est fondamentalement basée sur la russe »

Le piano est bien représenté à Cuba vous avez évoqué Chucho Valdez, mais il y a aussi Gonzalo Rubalcaba. Comment expliquez vous  que le piano cubain ait aussi bien réussi au niveau international ?

 Je pense que c’est dû à la formation dispensée dans les écoles à Cuba après le triomphe de la révolution cubaine et il y a eu un programme de scolarisation de toute la population.  À l’époque Cuba avait  conservé des relations diplomatiques avec l’ancienne URSS, mais il y a aussi eu, au début des années 60, une grande immigration des artistes russes et tchécoslovaques à Cuba.  Beaucoup de professeurs de piano sont restés à Cuba. Donc la pianistique cubaine est fondamentalement basée sur la russe, c’est à dire cette régularité, cette technicité et cette virtuosité  et je pense qu’on la doit en grande partie à l’école russe. On a eu des compositeurs  cubains de la fin du XIXe siècle et du début du XXe comme  Amadeo Roldan, Alejandro  Garcia Latour, Ernesto Lecouna, qui ont tous influencé la culture pianistique. La culture cubaine est très mélangée au niveau du piano à la culture russe c’est ce qui fait que Cuba a donné de grands pianistes comme Chucho Valdes, Gonzalito Rubalcaba, Roberto Fonseca. Mais il y a aussi de grands trompettistes comme Arturo Sandoval, Mario Bauza, et les percussions cubaines qui sont reconnues dans le monde entier.

Comment êtes vous arrivée sur la Côte d’Azur ?

La vie a fait que j’ai posée mes valises à Monaco pour un contrat de deux ans  avec la société SPM en tant que pianiste et directrice d’orchestre des grands spectacles au casino de Monte Carlo. A partir de là, j’ai commencé à connaître d’autres musiciens.  Et lors de mon premier album en France (Tres Almas ) j’ai eu la chance de pouvoir collaborer avec Didier Lockwood, Nicolas Folmer, Adrien Féraud et la liste est longue. Mon premier disque a été nominé au marché international du disque latin de Cuba l’équivalent du MIDEM en France. Il y a eu aussi une Victoire de la musique avec une de mes compositions (prix de la meilleure interprétation et composition) et la collaboration avec José Luiz Cortes. Donc, la musique m’a amenée sur la Riviera française et aussi l’amour car  j’ai rencontré Dominique Viccaro avec qui j’ai créé notre projet que nous défendons aujourd’hui. Et le voyage continu.

« Une relation très corporelle avec le piano« 

Vous chantez aussi, est-ce que cela peut signifier que l’instrument ne suffit pas pour exprimer vos émotions ?

Pour moi les deux trouvent leur place ensemble. Le piano, c’est l’instrument que j’ai étudié de manière académique et j’ai une relation très corporelle avec cet instrument. Mais lorsque je  chante et m’accompagne au piano c’est quelque chose qui me dépasse. Je me sens en connexion avec quelque chose d’imperceptible, que je ne peux pas expliquer avec des mots. Je prends une anecdote. Ainsi en 2017, on a fait le festival de jazz de Saint Jean Cap Ferrat et dans la même soirée il y avait le Didier Lockwood trio. Pour info,  il  était sur mon premier album et ça faisait un petit moment que je voulais jouer avec lui en concert et sur un nouveau projet d’album pour qu’il vienne en guest. Et l’opportunité s’est présentée à ce moment là. Il est venu jouer pendant mon concert avec son violon sur « Alby », une de mes compositions. Et ensuite pour son concert, il y avait Dédé Ceccarelli à la batterie, Thierry Eliez au piano et ils ont commencé à jouer « Over the Rainbow », un morceau que j’adore et il m’a invité. J’ai pris le micro et j’ai chanté et c’était un réel dialogue avec lui. C’est un des plus beaux souvenirs que je conserve de toute ma vie. Et je me suis sentie en étroite connexion avec Didier.  Le piano et la voix c’est pour moi  l’harmonie parfaite.

Donc quand vous chantez en étant au piano on peut dire que c’est Body and Soul ?

Disons que c’est une  autre manière de ressentir l’âme, car lorsque je joue seulement du piano, je suis aussi en totale connexion avec lui. Ce sont des émotions et  des sensations différentes mais qui ont elles aussi une importance cruciale. Et d’ailleurs je fais faire découvrir au public un nouvel aspect de ma pratique artistique. Je vais enregistrer à Rome seule avec mon piano pour explorer cette facette de ma musique.

Comment voyez-vous votre évolution musicale ?

C’est quelque chose que je sens, je voyage depuis que je suis arrivée en France.  Les rencontres que je fais avec les artistes avec qui j’ai eu la chance de collaborer, constituent  pour moi c’est un pas vers une nouvelle planète musicale. Mon évolution est continuelle.

Après votre projet de piano solo à Rome, avez-vous d’autres projets en vue ?

Dans l’immédiat c’est cet enregistrement au piano solo qui devrait sortir à la rentrée en septembre ou à l’automne. Et en parallèle j’ai un projet d’album avec de nouvelles compositions en espagnol, ma langue maternelle, mais aussi des grandes chansons du répertoire français arrangées avec des rythmes cubains et caribéens et ce  toujours avec Dominique Viccaro à la batterie.  Et puis, je vais voir où me mène la vie car parfois on planifie des projets, des choses et la vie décide à notre place. J’ajoute, je me produis avec des invités comme Stefano di Battista. Depuis deux ans, je fais des collaborations avec des artistes de renoms au cours de mes concerts comme Andy Narell, Mino Cinelu et Orlando « Maraca » Valle. Justement nous allons être le 27 juillet au festival de jazz de la Martinique  avec Mino en guest, encore une fois les Caraïbes et le 28 on fait un saut en Guadeloupe avec Orlando (« Maraca » Valle). Il y a aussi une collaboration avec Andy Narell sur son quartet où nous allons faire une série de concerts au Cotton Club à Tokyo du 18 au 20 juillet. Et puis, l’an passé, festival de jazz de San Remo, j’ai eu Andy et Mino en invités pour mon concert.  C’était formidable !

Enfin, que vous apporte Dominique Viccaro ?

On s’est rencontrés avec Dominique il y a quelques années, et ça a été la rencontre cruciale de ma vie car il m’a fait prendre conscience du niveau de mes connaissances et m’a ouvert à d’autres styles de musique. Depuis que nous travaillons ensemble, on compose notre répertoire en étroite collaboration et c’est aussi ce qui se passe pour le piano solo. C’est quelque chose de très fusionnel car nous avons composé presque la totalité de l’album ensemble. Pour moi, c’est un des plus beau travail de  ma vie !  Avec lui, c’est plus qu’une rencontre professionnelle.  L’amour nous a réuni.  On a un petit jeune homme ensemble et j’espère que la vie continuera de nous guider sur ce chemin là.

Michel Maestracci

Photos : Courtesy ©Jean Louis Neveu

Prochains concerts :

29 juin : Jazz & Cheese Festival, Abries-France

4 juillet : Jazz des Cinq Continent, Marseille-France

16 juillet : Cotton Club, Tokyo-Japon

27 juillet : Jazz Night Fest, Fort de France-Martinique

24 août : Andorra Jazz Festival, Italie

30 novembre : Jazz à Fareins, Lyon-France

14 mars 2020 : Chorus Jazz Club, Lausanne-Suisse

Discographie :

Comme leader

2018 : Pino e a Capo (JD Music)

2014 : Blues Side Live (JD Music)

2011 : Tres Almas (Cristal Records)

Avec Anacaona :

2008 : No lo Puedo Evitar (Bis Music)

2000 :Lo Que Tu Esperabas (Luzafrica)

LUCIANO ROSSETTI

IL FOTOGRAFO JAZZ

Luciano Rossetti est né en 1959, il vit et travaille à proximité de Bergamo (Italie).

Luciano Rossetti

Rythm in Corsica l’a rencontré pour la première fois lors du festival de jazz de Fano. S’en est suivie une relation amicale et professionnelle, puisque le photographe italien a couvert plusieurs éditions du festival Jazz Equinoxe de Bastia et exposé ses travaux dans l’enceinte du théâtre bastiais.

Luciano Rossetti a photographié les musiciens de jazz italiens et étrangers les plus importants, réalisant plus de 100 projets de disques.

Il coopère avec des labels de disques tels que : ECM (Gian Luiggi Trovesi), Cam (Richard Galliano) , Soul Note (Giovanni Falzone), Splasch (Simone Guiducci), Philology (Franco D’Andrea), NuBop (Matthew Shipp and Guillermo Brown) et des magazines de jazz (Musica Jazz, Jazzman).

En 2007, il a organisé la 1e réunion Tra fotografia e Jazz à Sant’ Anna Arresi (Cagliari – Italie). Depuis plus de 10 ans il expose ses photos en Italie et à l’étranger (Urbino, Fano, Milan, Florence, Mantoue, Vicence, Iseo, Clusone, S.Anna Arresi, Novara, Rozzano ainsi qu’à Bastia, et New York).





Il est l’un des membres fondateurs, coordinateur photo et responsable du programme éducatif de Phocus, une agence de photographes (Phocus Agency) des arts de la scène.

ELLIOTT MURPHY

Just a Story from AMERICA :He left New York and he looked at her

Elliott Murphy in Corsica

Elliott Murphy, le plus français des musiciens américains fête ses soixante-dix ans. L’occasion de le voir au mythique New Morning les 15 et 16 mars prochains.  Il fête aussi ses trente ans de vie parisienne. Ce chanteur-guitariste qui a grandi dans l’univers folk, a côtoyé les grands bluesmen, d’où son album Murphy Gets Muddy (2005). Lou Reed était son ami, c’est lui qui a un peu mis le pied à l’étrier. Bruce Springsteen son complice  avec qui, il continue de partager la scène quand l’occasion se présente. Cet été, il était en Corse, avec Françoise sa femme. Nous l’avons rencontré au Castel Brando d’Erbalunga où il avait pris une semaine de repos chez ses amis corses. Récit.

Hier au cours d’une discussion vous  avez dit : « Je laisse les stades à Bruce (Springsteen), je conserve les petits clubs.  Est-ce un choix volontaire ou un regret ?

D’abord, c’est une blague, parce que Bruce et moi nous avons  commencé en même temps  dans de petits clubs à New York tout comme Billy Joel, les Modern Lovers,  et même Kiss.  Mais après c’est le destin qui décide. Dans les années 70 ça marchait pas mal pour moi et à la fin de la décade, le style musical a changé avec le punk, la new  wave.  Les chanteurs compositeurs n’étaient plus trop d’actualité. Sauf ceux qui avaient beaucoup de succès comme Bruce. Moi j’étais un cran en dessous, ça a été plus difficile, mais toutefois,  j’ai eu de la chance. J’ai fait mon premier concert à Paris en 1979 au Palace à Montmartre et ça m’a changé.

« Je jouais souvent au Bottom Line à Greenwich, là où Lou Reed  avait enregistré A Night with Lou Reed »

Pourquoi cela vous a-t-il changé ?

J’ai aimé le contact avec le public dans ce petit club, ça me changeait de New York. Pour ce concert, j’ai fait six rappels, je crois que c’est parce que je ne voulais plus quitter la scène et entre 79 et 89 j’ai eu du succès en France, mais aussi en Espagne, en Italie, en Suède, en Suisse. Donc en 89, je quitte les Etats Unis et je m’installe en France.

Donc avant 89, vous vous produisiez toujours dans les clubs new yorkais ?

Elliott Murphy on stage

Oui, je jouais souvent au Bottom Line à Greenwich, là où Lou Reed  avait enregistré (ndlr : A Night with Lou Reed).  C’était un club de 500 places. New York c’est toujours un bon public, mais je restais le plus souvent sur la Côte Est, je n’ai joué que deux ou trois fois sur la Côte Ouest. Par contre, chaque fois que je revenais en France je me produisais dans de grands festivals.

Comment expliquez-vous cette situation ? Cela fait penser aux musiciens de jazz qui lorsqu’ils sont en Europe se produisent eux aussi dans de grands festivals.

C’est le même mystère, je ne comprends  pas exactement le pourquoi.  C’est d’autant plus surprenant, pour un artiste comme moi qui écrit les paroles et qui jouait   face à un public dont l’anglais n’était pas la langue maternelle.  Ça marche pour le jazz, le blues. Le meilleur exemple c’est peut être Edgar Alan Poe qui était inconnu aux USA, alors que Baudelaire lui était très en vogue. C’est d’ailleurs lui qui le premier a fait la traduction de Poe, ensuite d’Henry Miller. C’est comme ça aujourd’hui avec Paul Auster. C’est une énigme et je n’ai jamais trop cherché à savoir pourquoi, car si je trouvais la réponse ça pourrait me contrarier. Mais j’aime beaucoup la vie à l’européenne, et je me considère aujourd’hui comme le plus français des musiciens américains !   Je suis un véritable expatrié ?

« J’étais marqué  par les Beatles, Dylan et Donovan »

Avec Olivier Durand

Quand vous avez débuté la musique, vouliez vous ressembler à un artiste, aviez-vous un modèle ?

J’ai débuté la musique à 12 ans, avant les Beatles en 61. A cette époque il y avait un boum avec le folk, Peter Paul and Mary. C’est ainsi que j’ai débuté ce qui m’a donné des racines folks  et ensuite c’est l’explosion des Beatles en 64. J’oublie,  il y avait aussi Elvis, la première rock star, lui il venait d’une autre planète. Je ne pouvais pas atteindre son niveau. Donc la musique, les mots et les Beatles qui créent eux mêmes leurs chansons. C’est vers eux que je me projette.  Elvis c’était un peu comme Johnny Halliday, il chantait ce qu’on lui donnait. Donc j’étais marqué  par les Beatles, puis Dylan, et d’autres encore comme Donovan, et aussi Lou Reed, car c’était un chanteur compositeur de New York comme moi, avec la même sensibilité, la même façon de parler, le même argot.  

Le côtoyez-vous ?

J’étais vraiment proche de Lou.  J’ai d’ailleurs écrit les notes de la pochette de l’album  du Velvet  Underground, Live 69, et après ça j’ai commencé  à faire des disques.  D’abord chez Polydor et c’est grâce à lui, que j’ai signé avec RCA.

Puis vous signez chez Columbia ?

Oui, c’était pour Just a Story  from America.

« J’ai aussi écrit des nouvelles dans Rolling Stones »

Et le succès n’étant pas là, Columbia s’est retiré ?

Comme toutes les histoires ce n’est pas très simple. Il y a une légende qui dit que Just a Story… a eu peu de succès aux States, mais beaucoup plus en Europe, avec « Anastasia » qui a très bien marché, notamment sur Sud Radio. Mais, il y a aussi le fait que je me dispute avec mon manager et je suis  un peu victime de ça et du coup j’ai baissé les bras.  Puis, je n’ai jamais trouvé le groupe qui me convenait pour mes tournées. À chaque disque je changeais de formation, pas comme Bruce  qui avait son E-Street Band. Moi je parviens à trouver mon équilibre juste après  mon premier concert à Paris avec Ernie Brooks et Tony Machine. Et aussi ça a été trop vite pour moi ! Vous rendez-vous compte, en 71, je jouais dans le métro en Europe, je reviens  à New York et au bout de trois mois j’ai un contrat avec Polydor, deux mois plus loin je commence à enregistrer, c’était Too Much Too Soon.

Live à Bastia 2011

Donc en 89, vous êtes  installé en France, est-ce à ce moment-là que vous commencez à écrire des livres ?

En fait, j’ai toujours écrit comme les notes du Velvet, mais j’ai aussi écrit des nouvelles dans Rolling Stones, et d’autres magazines de musique. J’ai écrit des poèmes, fait des interviewes avec Keith Richard et Tom Waits et quand j’ai aménagé à Paris, je m’y suis mis plus sérieusement, avec le soutien de Françoise (Viallon, sa femme, ndlr).

Vous revenez à la guitare acoustique  et vous rencontrez Olivier Durand. Comment s’est effectuée cette rencontre ?

C’était après Selling the Gold et je cherchais un autre guitariste et j’ai demandé à Jérôme Soligny (artiste, chanteur, rédacteur pour rock & folk) s’il connaissait un guitariste qui pouvait vite jouer avec  moi. Il m’a répondu qu’il en connaissait un qui jouait avec Little Bob. Je fixe un rendez-vous chez moi à Olivier,  et en 3 heures il me dit juste deux trois mots. Au début, je ne pensais pas que je pouvais jouer avec un mec comme lui.  Il est si timide, mais il a des  racines musicales très profondes et on se retrouve bien puisqu’il aime aussi Bob Dylan, les Rolling Stones, Tom Waits et le Blues.

Olivier Durand

Et aujourd’hui, vous êtes toujours avec lui !

Oui j’ai fait deux trois concerts en solo. Mais sinon je travaille beaucoup avec lui.   D’ailleurs une année on a fait plus de cent concerts ensemble et du coup, j’ai  dit «  J’ai pris plus de petits déjeuners avec lui qu’avec ma femme Françoise ». 

Est-elle jalouse ?

Non pas du tout. C’est peut être le secret de notre relation, nous sommes tous les deux indépendants.

Comment est né votre dernier album « Prodigal son » ?

C’est mon fils Gaspard qui l’a produit et il joue aussi de la basse avec moi et je trouve  qu’il m’a trouvé un très bon son. En fait, il est très sévère il me dit par exemple : « Daddy you can’t sing that » et il me fait changer les paroles. Je l’ai sorti en 2017 et cette année, (2018) je vais faire un live et ça sera peut être un Best of Live… je change les mots.

M.M.

Discographie :

1973 : Aquashow (Polydor)

1975 : Lost Generation (RCA)

1976 : Night Lights (RCA)

1977 : Just a Story From America (Columbia)

1980 : Affairs (Courtisane)

1982 : Murph the Surf (Courtisane)

1984 : Party Girls and Broken Poets (WEA)

1986 : Milwaukee (New Rose)

1987 : Après le déluge (New Rose)

1988 : Change Will Come (New Rose)

1989 : Live Hot Point (New Rose)

1990 : 12 (New Rose)

1991 : If Poets Were King (New Rose)

1992 : Diamonds By The Yard (Razor & Tie)

1993 : Unreal City (Razor & Tie)

1993 : Paris/New York (New Rose)

1995 : Selling the Gold (Musidisc)

1996 : Going Through Something (Déjàdisc)

1998 : Beauregard (Last Call)

1999 : April (Last Call)

2000 : Rainy Season

2000 : La terre commune (w/ Ian Matthews) (Last Call)

2001 : Last of the Rock Stars… And Me and You with the Rainy Season Band (Last Call)

2001 : Live In Solingen (w/ Ian Matthews) (Last Call)

2002 : Soul Surfing (w/ Rainy Season) (Last Call)

2002 : The Next Wave (EP Last Call)

2003 : Strings of the Storm (Double CD Last Call)

2005 : Never Say Never – The Best of 1995-2005… and More (Last Call)

2005 : Murphy Gets Muddy (Last Call)

2007 : Coming Home Again (Last Call)

2008 : Notes from the Underground (Last Call)

2009 : Alive in Paris (CD & DVD Last Call)

2010 : Elliott Murphy (Last Call)

2011 : Just a Story from New York (Last Call)

2013 : It Takes a Worried Man (Last Call)

2014 : Intime (Last Call)

2015 : Aquashow Deconstructed (Last Call)

2017 : Prodigal Son

Écrits :

1989. Cold and Electric, Entreligne (France),

1990. The Lion Sleeps Tonight, Librairie Gibert Joseph (France),

1995. Where the Women are Naked and the Men are Rich, Celeste (Espagne)

2002. Café Notes, Hachette Littératures (France)

2005. Poetic Justice, Hachette Littératures (France)

2013. Marty May, éditions Joëlle Losfeld (France, traduction de l’anglais Christophe Mercier)

2016. Strings of the Storm, Éditions La Grange Batelière 

Home

CARSTEN LINDHÖLM

Jazz nordique d’inspiration indienne

Carsten Lindholm est un batteur et compositeur danois, né en 1969 dans la petite ville de Kerteminde. Il a été l’élève d’Ed Thigpen et vient de sortir Indispiration, son deuxième album. Erik Truffaz, Nils Petter Molvaer, Jan Garbarek John Coltrane, Bill Laswell, Jojo Mayer ou encore Sting constituent ses principales influences. Son expression se situe forcément dans la lignée des musiciens nordiques, mais le batteur danois ajoute à sa musique ses connaissances rythmiques de la musique indienne, qui réchauffent avantageusement son expression. Nous avons échangé avec lui pour évoquer sa dernière production et parler de ses futurs projets avec sûrement un passage par Paris sous peu.

Continuer la lecture de CARSTEN LINDHÖLM

PASCAL ARROYO

On the Road Again en Corse pour la belle cause

Pascal Arroyo - 1

Pascal Arroyo est un musicien multi-instrumentiste qui a fait mûrir son art dans un laboratoire musical mixant soul, funk, rock progressif, jazz traditionnel et free à l’aube des seventies. Il a fait ses classes outre atlantique après une expérience dans l’ouest de la France. Là-bas il a croisé Blood Sweat and Tears, un des groupes majeurs de la scène rock U.S. Sa riche  palette chromatique en a fait un accompagnateur prisé de nombreux artistes français comme Catherine Lara, Mort Schuman, Jean-Michel Caradec, France Gall, Pierre Vasiliu ou Albert Marcoeur. Il a aussi et surtout partagé les chemins de la gloire avec Bernard Lavilliers pendant quasiment trente ans. Chef d’orchestre et bassiste du chanteur de « Pigalle la blanche », « Traffic », « Stand the Ghetto » ou « On the Road Again », il est depuis plus de deux ans installé à Bastia. Selon lui, l’histoire de sa venue en Corse prend sa source en 1993.

Continuer la lecture de PASCAL ARROYO