JOHN SCOFIELD

From East to Swallow

(réalisée par Facetime le 12 avril 2020)

Comment allez- vous ?

Cela  fait trois semaines que je reste confiné chez moi.  Ce n’est pas trop dur car je suis plus âgé que beaucoup d’autres musiciens et j’ai de l’argent de côté.

Pourquoi avoir retenu Steve Swallow plutôt que Bill Stewart ou Larry Goldings pour ce nouvel album ?

J’ai souvent joué en trio avec Bill et Steve et parfois nous jouions les chansons de mon ami bassiste. J’ai commencé à me produire avec lui quand j’avais 20 ans. Il m’a bien aidé quand j’ai débuté dans la musique. Nous sommes devenus très bons amis. Et j’ai tout le temps joué avec Bill. Pour tout vous dire notre 1e album en commun date de  1980 c’était Bar Talk.  

Swallow Tales est annoncé comme étant votre premier album chez ECM. Pourtant vous avez déjà  enregistré, notamment Saudades  avec Jack De Johnette et Larry Goldings en 2006. Y a-t-il une différence dans votre contrat à présent ?

Oui c’est bien la première fois que j’enregistre pour ECM. L’album que vous évoquez avec Larry et Jack De Johnette c’était dans un format groupe de même avec Marc Johnson (Shades of Jade). Mais c’est bien la première fois que j’enregistre pour le label de Manfred Eicher en qualité de leader.

Comme faire un album de standards

Comment avez-vous sélectionné les chansons à mettre sur cet album?

J’ai appris la plupart de mes chansons en grandissant dans les années 70, quand j’étais à fond dans mes études musicales !  Je jouais quelques titres et j’étais à l’aise pour les reprendre, mais quelques unes sont plus récentes. Steve m’en avait envoyé, il y a quelques années, et j’ai trouvé qu’elles devaient convenir, mais c’est vrai, j’ai un tas de chansons que je pourrais incorporer à cet album. Steve m’avait notamment transmis (« Awful Coffee »), et je l’avais trouvé intéressante à jouer. Mais il y en avait plein d’autres comme  « Portsmouth Figurations ». Je l’avais apprise dans les années soixante-dix. Elle était sur Duster,  l’album de Garry Burton, je l’ai apprise de son album. Je pense que tout ce que nous jouons redevient nouveau. C’est comme faire un album de standards pour moi.

labels : Blue Note, Verve, EmArcy, Grammavision. Que vous offre de plus ECM par rapport aux autres maisons de disques.

En un sens,  ils sont tous les mêmes.  Ils sortent vos albums et les gens les écoutent. Mais ECM a une histoire incroyable avec des artistes fameux. Il était important d’exposer au monde une nouvelle vision de là musique et je suis heureux et fier qu’il m’accepte d’être sur ce label. Je suis conscient de la belle chance qui m’est offerte.

Le slogan d’ECM  est : « The Most Beautiful Sound Next to Silence ». (Sourire de John) Que pouvez vous apporter a ce slogan ?

Je ne connaissais pas ce slogan mais peut être est-ce  seulement la dernière chose que nous allons jouer avant le silence. Je ne sais pas, mais je n’ai jamais fait un album en pensant que je vais faire un album pour telle ou telle maison de disques. Je fonctionne de même pour ECM. Mais Swallow Tales est un disque que je souhaitais réaliser et je l’ai fait.  J’attends qu’il sorte et peut être va-t-il être apprécié ? Je ne sais pas encore ?  (ndlr : la date de sortie était prévue le 15 mai, elle  a été décalée au 5 juin).

Donc vous êtes un musicien libre quand vous réalisez vos disques ?

Bon, parfois le président de la maison de disques peut me dire : «  Oh je ne pense pas que ce soit une bonne idée aussi ne le fais pas ». Mais la plupart du temps je fais ce que je veux dans  mes projets.

J’aime le trio avec une basse et une batterie

Vous avez joué dans différents formats, en avez vous un de préféré et si oui lequel ?

J’aime le trio avec une basse et une batterie  car c’est celui qui permet au guitariste de réellement bien s’exprimer. Mais parfois cette  formule me fatigue. Alors j’apprécie de jouer avec un claviériste, très sensible au fait de partager la musique avec un guitariste. C’est important de le noter, comme le piano est prédominant dans la section rythmique, certains musiciens prennent trop de place. Aussi il faut trouver le gars juste qui laisse la guitare se faire entendre  et en cela j’apprécie de jouer avec Gerald Clayton ou Larry Goldings. Donc j’aime aussi m’exprimer en quartet et réellement je souhaiterais pouvoir me produire un jour avec un groupe encore plus grand : quatre cuivres et une section rythmique. Mais c’est dur à mettre en place, car il est plus difficile d’obtenir des dates dans ce format, notamment à cause de l’aspect financier. Donc ce n’est pas aisé. Mais j’aimerais vraiment  le faire. Enfin, j’aime les  challenges et  je voudrais  aussi me produire en solo, car je ne l’ai jamais fait. J’aime toutes ces situations c’est vraiment merveilleux quand vous  changez et que  vous allez vers des horizons qui ne sont pas les vôtres. Ainsi, on  ne s’ennuie jamais !

Jim Hall disait un soir, après avoir joué avec Joe Lovano : « Ce soir j’ai bien appris ». Vous avez souvent joué avec Lovano, qu’avez-vous appris avec lui ?

J’ai tellement appris avec lui ! Il suffit de l’écouter. C’est tellement incroyable comme il a tant de choses en lui qui sortent quand il improvise. Il pense toujours au contraste, aux façons de faire fonctionner la musique comme si nous parlions de toiles abstraites. Surtout ce que j’apprends de lui, c’est d’écouter à quel point l’improvisation jazz peut être bonne. Quand vous jouez avec quelqu’un d’aussi bon, vous apprenez vraiment parce que c’est votre âme qui reçoit et vous devez être capable de jouer dans la foulée quelque chose qui va mettre  à l’aise vos partenaires. J’ai tellement de chance de jouer avec Joe. Il m’a donne toujours donné une leçon, dans le bon sens.

Et avec Jim Hall ?

La première fois que j’ai entendu Jim, j’ai réalisé qu’il existait un moyen de chanter à la guitare. Il y a tellement de façons de jouer, mais Jim a proposé une autre approche, à nous tous. Il a  magnifié l’âme et la beauté de la guitare électrique. Il est toujours mon joueur préféré Il pourrait jouer juste quelques notes derrière un joueur de cor que ça serait toujours beau. Il est tellement de bon goût. Il swinguait vraiment fort. Ce son à la guitare, le son qu’il pouvait lui donner.

J’ai des arrangements pour quatre guitares

Votre carrière est toujours aussi riche et prolixe. Quels autres projets aimeriez vous mener ? Un hommage à Miles Davis, des sets à plusieurs guitares, composer pour bigband ?

Je demande, avant tout,  à être un bon guitariste. Ensuite avoir des  projets et jouer avec Mike (Stern) et aussi Bill (Frisell) et Pat (Metheny), c’est toujours volontiers, il ne reste qu’à accorder nos agendas. Mais il y a aussi tout un ensemble de jeunes guitaristes, quand je dis jeunes c’est parcequ’ ils le sont plus que moi, comme Kurt Rosenwinckel,  Peter Bernstein ou Julian Lage avec qui j’aimerais partager des projets.  J’ai quelques arrangements pour quatre guitares et une section rythmique, ça  serait comme un petit big band de guitares. Mon ambition serait de réunir ces musiciens et jouer mes compositions.

C’est une excellente idée !

J’ai beaucoup d’idées vous savez et  j’espère pouvoir toutes les réaliser. Là, je joue en quartet avec clavier,  basse et batterie. Nous avons joué une soixantaine de morceaux rock  mélangés  au jazz, c’était too Amazing. Je viens de commencer maintenant et espère venir l’année prochaine en Europe présenter mon projet que j’ai intitulé   Yankee Go Home !

Êtes vous satisfait du mode de rétributions organisé par les plates-formes de streaming ?  Est ce un bon ou mauvais deal pour les musiciens?

Oh c’est une très mauvaise  affaire pour les musiciens, pour ce qui est de l’aspect financier bien sûr. C’est un univers totalement autre. Il n’y a plus ou quasiment plus de revenus des ventes de musique enregistrée et rares sont les  musiciens de jazz ayant  vendu assez de disques pour pouvoir  rester à la maison et vivre de leurs royalties. Aussi, nous devons toujours nous produire en live et tant que nous sommes bons sur nos instruments, que nous pouvons jouer en public, dans des clubs et faire des concerts, ça ira forcément. C’est comme ça que je gagne de l’argent et donc ce nouveau modèle économique ne m’affecte pas trop. C’est un monde différent, qui n’a pas vraiment affecté le jazz, mais le monde de la musique. Du coup,  beaucoup de grands talents l’ont compris parce qu’ils pensaient faire beaucoup d’argent en écrivant de la musique. Mais maintenant c’est plus difficile de le faire et ils peuvent envisager de faire autre chose de leur vie.

Pensez vous qu’après le Corona virus le monde de la musique  va changer ?

C’est ce que les gens disent. Une fois la fin du confinement, je souhaite vraiment pouvoir retourner dans les clubs, écouter, de la musique y jouer.  Mais je demanderai toujours aux gens d’être à un mètre cinquante  de moi. Je ne sais  pas combien de temps cela va durer pour nous permettre de revenir jouer ? En attendant,  merci et prenez soin de vous !

Michel Maestracci

Le parcours discographique de John  Scofield  (à chaque fois un titre à écouter)

1977 :   East Meets West (« Any Who Else »)

1978 : Rough House (« Rough House »)

1979 : Ivory Forrest (« Monk’s Mood »)

1980 : Bar Talk (« Fat Dancer »)

1980 : Who’s Who(« The Beatles »)

1981 : Shinola(« Dr Jackie »)

1984 : Electric Outlet (« Pick Hits »)

1986 : Still Warm (« Gil B643 »)

1986 : Blue Matter (« The Nag »)

1987 : Loud Jazz  (« Signature of Venus »)

1988 : Flat Out  (« Science and Religion »)

1990 : Meant to Be (« Mr. Coleman to You »)

1990 : Time on my Hands  (« Flower Power »)

1991 : Grace under Pressure (« Twang »)

1992 : What We Do(« Big Sky »)

1993 : Hand Jive (« Dark Blue »)

1993 : I  Can See your House from Here (with pat Metheny) (« No Matter What »)

1995 : Groove Elation  (« Peculiar »)

1996 : Quiet  (« Away with Words »)

1998 : A Go Go (« Chank)

2000 : Bump (« Chichon »)

2001 : Works for Me(« Big J »)

2002 : Old Folks (« Wanderlust »)

2002 : Überjam (« Animal Farm »)

2003 : Up All Night (« Creeper »)

2004 : En Route (« Alfie »)

2005 : That’s What I Say  (« Unchain my Heart »)

2006 : Saudades (DeJohnette-Goldings-Scofield) (« Seven Steps to Heaven »)

2007 : This Meets That (« Behind Closed Doors »)

2008 : Solar (Scofield-Abercrombie)(« Four on Six »)

2009 : Piety Street (« Motherless Child »)

2010 : 54(« Out of the City »)

2011 : A Moment’s Peace (« I Want to Talk About You »)

2013 : Überjam Deux(« Endless Summer »)

2014 : Three Times Three (Sanchez-Scofield-McBride) (« Nooks & Cranies »)

2014 : The Trio Meets Scofield (Pablo Held Trio)

2015 : Past Present (« Get Pround »)

2016 : Country for Old Men (« Red River Valley »)

2017 : Hudson (DeJohnette-Grenador-Medeski-Scofield) (« Hudson »)

2018 : If You Could Hear of Us (Abercrombie-Bogdanovic-Scofield)

2018 : Combo 66 (« Uncle Southgern »)

2020 : Swallow Tales (« Away »)

Merci à Allmusic.com

JANYSETT McPHERSON

Las Nuevas Estrellas de la Riviera

La pianiste cubaine a été nominée plusieurs fois au « Cubadisco Internacional », l’équivalent du « Midem » pour le marché international de la musique latine, mais dans le pays  dans lequel elle vit depuis plus de dix ans rien de tout cela. Pourquoi Janysett McPherson ne capte-t-elle pas encore les radars hexagonaux menant au succès. Nous vous proposons de découvrir à travers cette présentation  celle qui sur scène se fait accompagner par Michel Alibo, Andy Narell, Rafael Paseiro, Minino Garay, Jean-Marc Jafet, pas n’importe qui vous en conviendrez, mais aussi  Hadrien Feraud, Olivier Louvel, Nicolas Viccaro Pierre Bertrand, et Dominique Viccaro son compagnon dans la vie.

JL Neveu 2015

Actuellement vous effectuez de nombreuses tournées aux Antilles, dans les Caraïbes. Est-ce  un retour aux sources, la traduction d’un besoin ?


Disons que je suis une fille qui vient des Caraïbes, ça fait partie de mon identité, Retourner aux Antilles c’est en quelque sorte une manière d’explorer la musique  de cette région. Je viens d’arriver  de Trinidad et Tobago au festival  Jazz Artists on the Green, qui met en avant les artistes caribéens. C’est un véritable plaisir d’échanger avec les musiciens de là-bas.

Vous avez commencé à Cuba à jouer n’est ce pas ?

Oui, j’ai commencé très petite. A cinq ans, je chantais et mon père m’accompagnait à la guitare dans des petits spectacles de crèches. Ensuite, j’ai effectué le parcours classique au conservatoire, l’école nationale de musique de la Havane et les premiers échanges professionnels avec des artistes qu’ils soient confirmés ou en devenir. J’ai effectué une rencontre cruciale dans ma vie en tant que musicienne, c’est celle avec Alain Perez.

On s’est connus à l’école nationale d’art. Il était guitariste et il est devenu celui de Chucho Valdes. Son parcours l’a amené à devenir le bassiste attitré de Paco de Lucia. Il a signé de nombreuses collaborations à Cuba et aux USA.  Je faisais partie de son groupe et j’ai beaucoup appris avec lui sur la scène et les rencontres se sont enchainées avec l’Orquestra Anacaona de Cesar « Pupy » Pedros, dans le style populaire cubain, puis il y a eu Jérôme Savary sur « Le Bourgeois gentilhomme ».

« La pianistique cubaine est fondamentalement basée sur la russe »

Le piano est bien représenté à Cuba vous avez évoqué Chucho Valdez, mais il y a aussi Gonzalo Rubalcaba. Comment expliquez vous  que le piano cubain ait aussi bien réussi au niveau international ?

 Je pense que c’est dû à la formation dispensée dans les écoles à Cuba après le triomphe de la révolution cubaine et il y a eu un programme de scolarisation de toute la population.  À l’époque Cuba avait  conservé des relations diplomatiques avec l’ancienne URSS, mais il y a aussi eu, au début des années 60, une grande immigration des artistes russes et tchécoslovaques à Cuba.  Beaucoup de professeurs de piano sont restés à Cuba. Donc la pianistique cubaine est fondamentalement basée sur la russe, c’est à dire cette régularité, cette technicité et cette virtuosité  et je pense qu’on la doit en grande partie à l’école russe. On a eu des compositeurs  cubains de la fin du XIXe siècle et du début du XXe comme  Amadeo Roldan, Alejandro  Garcia Latour, Ernesto Lecouna, qui ont tous influencé la culture pianistique. La culture cubaine est très mélangée au niveau du piano à la culture russe c’est ce qui fait que Cuba a donné de grands pianistes comme Chucho Valdes, Gonzalito Rubalcaba, Roberto Fonseca. Mais il y a aussi de grands trompettistes comme Arturo Sandoval, Mario Bauza, et les percussions cubaines qui sont reconnues dans le monde entier.

Comment êtes vous arrivée sur la Côte d’Azur ?

La vie a fait que j’ai posée mes valises à Monaco pour un contrat de deux ans  avec la société SPM en tant que pianiste et directrice d’orchestre des grands spectacles au casino de Monte Carlo. A partir de là, j’ai commencé à connaître d’autres musiciens.  Et lors de mon premier album en France (Tres Almas ) j’ai eu la chance de pouvoir collaborer avec Didier Lockwood, Nicolas Folmer, Adrien Féraud et la liste est longue. Mon premier disque a été nominé au marché international du disque latin de Cuba l’équivalent du MIDEM en France. Il y a eu aussi une Victoire de la musique avec une de mes compositions (prix de la meilleure interprétation et composition) et la collaboration avec José Luiz Cortes. Donc, la musique m’a amenée sur la Riviera française et aussi l’amour car  j’ai rencontré Dominique Viccaro avec qui j’ai créé notre projet que nous défendons aujourd’hui. Et le voyage continu.

« Une relation très corporelle avec le piano« 

Vous chantez aussi, est-ce que cela peut signifier que l’instrument ne suffit pas pour exprimer vos émotions ?

Pour moi les deux trouvent leur place ensemble. Le piano, c’est l’instrument que j’ai étudié de manière académique et j’ai une relation très corporelle avec cet instrument. Mais lorsque je  chante et m’accompagne au piano c’est quelque chose qui me dépasse. Je me sens en connexion avec quelque chose d’imperceptible, que je ne peux pas expliquer avec des mots. Je prends une anecdote. Ainsi en 2017, on a fait le festival de jazz de Saint Jean Cap Ferrat et dans la même soirée il y avait le Didier Lockwood trio. Pour info,  il  était sur mon premier album et ça faisait un petit moment que je voulais jouer avec lui en concert et sur un nouveau projet d’album pour qu’il vienne en guest. Et l’opportunité s’est présentée à ce moment là. Il est venu jouer pendant mon concert avec son violon sur « Alby », une de mes compositions. Et ensuite pour son concert, il y avait Dédé Ceccarelli à la batterie, Thierry Eliez au piano et ils ont commencé à jouer « Over the Rainbow », un morceau que j’adore et il m’a invité. J’ai pris le micro et j’ai chanté et c’était un réel dialogue avec lui. C’est un des plus beaux souvenirs que je conserve de toute ma vie. Et je me suis sentie en étroite connexion avec Didier.  Le piano et la voix c’est pour moi  l’harmonie parfaite.

Donc quand vous chantez en étant au piano on peut dire que c’est Body and Soul ?

Disons que c’est une  autre manière de ressentir l’âme, car lorsque je joue seulement du piano, je suis aussi en totale connexion avec lui. Ce sont des émotions et  des sensations différentes mais qui ont elles aussi une importance cruciale. Et d’ailleurs je fais faire découvrir au public un nouvel aspect de ma pratique artistique. Je vais enregistrer à Rome seule avec mon piano pour explorer cette facette de ma musique.

Comment voyez-vous votre évolution musicale ?

C’est quelque chose que je sens, je voyage depuis que je suis arrivée en France.  Les rencontres que je fais avec les artistes avec qui j’ai eu la chance de collaborer, constituent  pour moi c’est un pas vers une nouvelle planète musicale. Mon évolution est continuelle.

Après votre projet de piano solo à Rome, avez-vous d’autres projets en vue ?

Dans l’immédiat c’est cet enregistrement au piano solo qui devrait sortir à la rentrée en septembre ou à l’automne. Et en parallèle j’ai un projet d’album avec de nouvelles compositions en espagnol, ma langue maternelle, mais aussi des grandes chansons du répertoire français arrangées avec des rythmes cubains et caribéens et ce  toujours avec Dominique Viccaro à la batterie.  Et puis, je vais voir où me mène la vie car parfois on planifie des projets, des choses et la vie décide à notre place. J’ajoute, je me produis avec des invités comme Stefano di Battista. Depuis deux ans, je fais des collaborations avec des artistes de renoms au cours de mes concerts comme Andy Narell, Mino Cinelu et Orlando « Maraca » Valle. Justement nous allons être le 27 juillet au festival de jazz de la Martinique  avec Mino en guest, encore une fois les Caraïbes et le 28 on fait un saut en Guadeloupe avec Orlando (« Maraca » Valle). Il y a aussi une collaboration avec Andy Narell sur son quartet où nous allons faire une série de concerts au Cotton Club à Tokyo du 18 au 20 juillet. Et puis, l’an passé, festival de jazz de San Remo, j’ai eu Andy et Mino en invités pour mon concert.  C’était formidable !

Enfin, que vous apporte Dominique Viccaro ?

On s’est rencontrés avec Dominique il y a quelques années, et ça a été la rencontre cruciale de ma vie car il m’a fait prendre conscience du niveau de mes connaissances et m’a ouvert à d’autres styles de musique. Depuis que nous travaillons ensemble, on compose notre répertoire en étroite collaboration et c’est aussi ce qui se passe pour le piano solo. C’est quelque chose de très fusionnel car nous avons composé presque la totalité de l’album ensemble. Pour moi, c’est un des plus beau travail de  ma vie !  Avec lui, c’est plus qu’une rencontre professionnelle.  L’amour nous a réuni.  On a un petit jeune homme ensemble et j’espère que la vie continuera de nous guider sur ce chemin là.

Michel Maestracci

Photos : Courtesy ©Jean Louis Neveu

Prochains concerts :

29 juin : Jazz & Cheese Festival, Abries-France

4 juillet : Jazz des Cinq Continent, Marseille-France

16 juillet : Cotton Club, Tokyo-Japon

27 juillet : Jazz Night Fest, Fort de France-Martinique

24 août : Andorra Jazz Festival, Italie

30 novembre : Jazz à Fareins, Lyon-France

14 mars 2020 : Chorus Jazz Club, Lausanne-Suisse

Discographie :

Comme leader

2018 : Pino e a Capo (JD Music)

2014 : Blues Side Live (JD Music)

2011 : Tres Almas (Cristal Records)

Avec Anacaona :

2008 : No lo Puedo Evitar (Bis Music)

2000 :Lo Que Tu Esperabas (Luzafrica)

ROY HARGROVE

Remember Roy

Il s’appelait le petit prince de la trompette un enfant du « Prince des ténèbres *» sans doute ! Il nous a quitté, le 2 novembre,  il y a tout juste six mois emporté par la maladie. Mais ce qu’on retiendra de lui c’est sa totale humilité.

Roy Live

https://www.youtube.com/watch?v=CQ6dbUmU__o

Cet artiste était toujours partant pour jouer avec les fans de sa musique, les amoureux du jazz. Tel un érudit discutant au café du commerce avec le peuple,  il n’hésitait pas à extraire sa trompette de son étui pour partager son amour avec des musiciens amateurs aussi. Petite parenthèse, c’est à ces actes la qu’on peut faire le distinguo entre les grands (artistes) et les petits, ceux qui pensent avoir atteint le sommet et ne considère pas l’autre comme digne de les accompagner. La parenthèse étant fermé je vous transmets le souvenir de Roy.

Théâtre de Bastia – 2007 (Photo Michel Maestracci)

« Si c’est ça le jazz alors je suis preneur »

La première rencontre avec le trompettiste s’est déroulée à Fano, sur la côte adriatique italienne pour le festival Fano Jazz by the Sea en 2004. Dans l’antique cité il se produisait à la tête du RH Factor avec Reggie Washington (b), Bobby Sparks (org) Renée Neufville (voc), Keith Anderson (s) pour un show funk au groove profond. Le trompettiste revenait aux sources de la musique afro-américaine avec Hard Groove. On retrouvait dans son expression sa propension à faire swinguer son propos. Ceci après une période classique discographique faite de standards (Approching Standards), de clins d’œil à la musique latine (Habana) ou encore du magnifique Moment to Moment agrémenté de cordes. Ce qui fera dire à un ami féru de rock qui avait assisté à son concert bastiais (2007) « Si c’est ça le jazz alors suis preneur ».

Théâtre de Bastia – 2007 (Photo Michel Maestracci)

À la contrebasse pour permettre à un musicien local de jouer

Arrivé la veille de son concert à Bastia, Roy passât l’après-midi du samedi après midi pour se faire dyaliser. Acclamé par les autres patients il quittait l’établissement de santé après avoir signé des autographes et invité ses compères d’un moment à assister à son concert du soir. Et le spectacle fût de toute beauté avec un pianiste et un alter saxo complice. Après le concert, Roy ne s’est pas fait prier pour participer à la jam-session organisée pour l’occasion se mettant même à la basse pour permettre à un musicien local de jouer de la trompette.

À la contrebasse au café de la paix -Bastia 2007 – (photo Gérard Mussier)

Avec Roy Hargrove on était loin de l’image que certains médias voulaient donner à la musique du XXe siècle : une musique intellectuelle, froide et sans émotion.

Discographie :

Au cours de sa carrière, Roy Hargrove  a joué avec Ricky Ford (Hard Groovin’-1989) présent à Bastia en 2003, Jackie Mc Lean (Rhythm of the Earth -1992), Steve Coleman and the Five Elements (The Tao of Mad Phat – ), Slide Hampton (Dedicated to Diz-1993), Johnny Griffin (Chicago, New York, Paris -1994), Abbey Lincoln (A Turtle’s Dream – 1994), Shirley Horn (The Main Ingredient -1995), Barbara Dennerlein ( Take Off!! – 1995), Jimmy Smith (Damn – 1995 et Angel Eyes – 1996), Natalie Cole (Ask a Woman Who Knows -2002), John Mayer (Heavier Things -2002, Continuum -2006), Mario Canonge (Rhizome-2004), Linda Rondstat, Hummin’ to Myself -2004), Rod Stewart (The Great American Songbook – 2005), Mike Stern (Who Lets the Cats Out -2005), Jimmy Cobb (Cobb’s Corner -2007), Roberta Gambarini, normal pour la femme de Larry Clothier son agent (So in Love -2009) et beaucoup d’autres encore.

Jam-Session au café de La Paix avec Amadeus Chiodi (as)

Hommage à Charlie Parker

C’est dire son attraction pour de multiples artistes. Pour ce qui est de sa discographie Roy a sorti une quinzaine d’albums, le premier Diamond in the Rough , en compagnie de Scott Colley (b), Al Foster (dm), Antonio Hart au sax le tout dans un registre très bop avant d’enchaîner sur Public Eye  avec Antonio Hart (s), Billy Higgins (dm) et Chris Mc Bride (b) puis The Vibe avec Jack McDuff (org), Branford Marsalis(s), With the Tenors of our Time avec Stanley Turrentine (s), Joe Henderson (s) ,Johnny Griffin (s), Branford Marsalis (s) et Steve Coleman (s) soit deux générations de ténors.

Roy au chant (Photo Luciano Rossetti by courtesy ©)

En trio avec Chris McBride (b) et Stephen Scott (p) pour rendre hommage à Charlie Parker sur Parker’s Mood. Avec Habana il intègre le latin jazz à son répertoire puis il sort le sublime Moment to Moment avant d’aborder sa période funk avec le RH Factor. Puis de revenir à son jazz straight avec ses deux derniers albums studio. Le reste de sa carrière se poursuivra au gré des concerts et des collaborations puis plus rien. Le mal agissant pour l’empêcher de s’exprimer pleinement. Il reste malgré tout un album tout simplement magique : Direction in MusicLive at Massey Hall du trio Herbie Hancock-Mickael Brecker et Roy Hargrove, avec Brian Blade (dm) et John Patitucci(b)  pour célébrer les 75 ans du duo Miles Trane, c’était le 25 octobre 2001.

Bientôt une galerie photo dédiée à Roy Hargrove

  • Le prince des ténèbres alias Miles Davis
Good bye Roy….

ELLIOTT MURPHY 70th birthday au New Morning

Vendredi soir dès 20 heures la rue des Petites Écuries de Paris dans le Xe se remplie allègrement d’une population particulière. Hommes au Stetson voire avec un bandana, femmes en blouson de cuir, l’ambiance sent le rock. Et pour cause à l’entrée du New Morning, temple dédié à la musique de qualité, les fans battent le pavé pour célébrer les 70 ans d’ Elliott Murphy leur idole.

Dans la file d’attente toutes les langues se font entendre : anglaise, italienne, américaine, espagnole, flamande, allemande. Cette communauté n’a qu’un mot clé : acclamé cet être issu de la génération Louis Reed. Le comparse du boss, l’ami de l’ancien Velvet Underground, nourri par la musique des Beatles et de Dylan à la pression. Debouts face à la scène, de très nombreux connaisseurs, fans de toujours, attendent ce moment magique de l’année, comme son traducteur, un castillan y qui arbore un t-shirt à l’effigie de Just a Story…ou un rescapé de son premier concert au Palace en 1971

Il est 21h02, Olivier Durand prend sa place sur le côté gauche de la scène et dégaine sa Taylor. Elliott Murphy le suit de près coiffé d’un Stenson sur son bandana. Un salut amical avant de céder la place à la musique, la meilleure façon d’échanger avec, non pas des spectateurs, mais les membres de la communauté « Murphyenne ». Des les premières chansons , les cordes envoient leurs ondulations, la voix du poète rock délivrent  » Drive all Night »,  » If Poets where Kings ». Puis le duo est rejoint par Gaspard Murphy (b) et Lisa Cox (vln). L’expression artistique s’enrichit et les chœurs aussi (« Absalom Davy Jackie »). Le temps s’est arrêté et le public d’absorber sa dose d’agréables émotions. Après un quart d’heure de pose, montre en main le set reprend. Ça ne se passe pas comme ça avec Ariana. Après ce commentaire positif sur la ponctualité de l’artiste, la magie reprend possession du temple musical. Les compositions récentes (« Chelsea Boots ») s’entremêlent avec les classiques (On Elvis Presley). La rythmique augmente de batterie clavier peut d’aventure dans un espace rock où l’esprit de la Factory transparait. Il est bientôt minuit, la vedette du soir poursuit son show, prenant appui sur les commentaires des fidèles. Il délivre « Sicily » en rappelant l’histoire de cette chanson, teste son fils sur ses connaissances musicales avec la complicité bienveillante d’Olivier Durand. Il donne tout et reçoit beaucoup en retour. Un, deux, trois rappels plus loin il est toujours là dispensant son amour à ses admirateurs. Après le partage en musique,vient le temps de la discussion avec les fans. Disponible il signe les autographes, de prête au jeu des selfies, retrouve des amis. La première partie de la fête est terminée. Pour la seconde de soirée le troubadour new-yorkais a droit à des surprises concoctées par son fils G Gaspard et Françoise sa femme. Parmi elles un message audio du Boss. Tout un symbole ! Reconnu par ses pairs Elliott Murphy fait partie de cette galaxie d’artistes de haut-rang font l’humilité et la générosité force le respect.

FRÉGÉ – MANOUKIAN


Sensual Jazz

André Manoukian était sur les planches du théâtre dans le cadre de Spettaculu Vivu, pour un concert en duo avec Elodie Frégé. Après avoir explicité les raisons de ce concert en duo, il a commencé à plaquer les premiers accords sur son Fender Rhodes invitant par la même la chanteuse à poser sa voix. Le répertoire sélectionné pour l’occasion comprenait un maximum de standards pour lesquels la chanteuse en robe décolletée a mis un maximum de volonté pour traduire au plus prêt l’émotion créée. Chanter Jessica Rabit, Rita Hayworth ou Julie London c’est tout ce qu’Elodie apprécie, les « Torch songs », l’amour cramé au sens de Dédé Manoukian. Elle a enchaîné « Cry me a River » avant de toucher au sublime avec son interprétation de « My Funny Valentine ».

Un « Fever » enfiévré

En plus du répertoire du Real Book, Manoukian l’a invitée à emprunter les chemins de traverse de l’hexagone avec des icones de la variété française. Le théâtre de Bastia a eu droit à « Jardin d’hiver » d’Henri Salvador ou « Ce mortel ennui » de Gainsbourg. La qualité du touché du pianiste permettait de conserver ce background jazz si agréable à l’oreille. Le duo terminait par un « Fever » enfiévré.  

Une bonne idée que de débuter la soirée par une explication de texte. Le pianiste, qui a fait la Berklee School of Music une référence dans le milieu du jazz, a expliqué à sa façon pourquoi il avait choisi la lauréate de la Star Academy pour l’accompagner sur scène. Il s’est « justifié » en amont de sa prestation au cours d’une conférence originellement consacrée au jazz. Devant un parterre fourni, il  a surpris son auditoire en décrétant « Le jazz n’est pas né à la Nouvelle Orleans, mais, peut-être, en France après l’exécution de Robespierre ».

L’ancien membre du jury de la Nouvelle Star a évoqué Bach, Mozart, Chopin, Beethoven, Wagner, Debussy, Brubeck, le solfège, Sheila et Stevie Wonder. La liberté  de faire des notes comme on l’entend. Au final dans un style qui n’aurait pas déplu à Hugo Pratt, il a présenté une histoire de la musique avec des mots simples, même lorsqu’il évoquait l’ésotérisme des pyramides.  Un genre à renouveler pour mieux se régaler lors des concerts du théâtre.

Michel Maestracci

Suite donnée à l’article par Elodie Frégé sur sa page Facebook



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CARSTEN LINDHÖLM

Jazz nordique d’inspiration indienne

Carsten Lindholm est un batteur et compositeur danois, né en 1969 dans la petite ville de Kerteminde. Il a été l’élève d’Ed Thigpen et vient de sortir Indispiration, son deuxième album. Erik Truffaz, Nils Petter Molvaer, Jan Garbarek John Coltrane, Bill Laswell, Jojo Mayer ou encore Sting constituent ses principales influences. Son expression se situe forcément dans la lignée des musiciens nordiques, mais le batteur danois ajoute à sa musique ses connaissances rythmiques de la musique indienne, qui réchauffent avantageusement son expression. Nous avons échangé avec lui pour évoquer sa dernière production et parler de ses futurs projets avec sûrement un passage par Paris sous peu.

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PASCAL ARROYO

On the Road Again en Corse pour la belle cause

Pascal Arroyo - 1

Pascal Arroyo est un musicien multi-instrumentiste qui a fait mûrir son art dans un laboratoire musical mixant soul, funk, rock progressif, jazz traditionnel et free à l’aube des seventies. Il a fait ses classes outre atlantique après une expérience dans l’ouest de la France. Là-bas il a croisé Blood Sweat and Tears, un des groupes majeurs de la scène rock U.S. Sa riche  palette chromatique en a fait un accompagnateur prisé de nombreux artistes français comme Catherine Lara, Mort Schuman, Jean-Michel Caradec, France Gall, Pierre Vasiliu ou Albert Marcoeur. Il a aussi et surtout partagé les chemins de la gloire avec Bernard Lavilliers pendant quasiment trente ans. Chef d’orchestre et bassiste du chanteur de « Pigalle la blanche », « Traffic », « Stand the Ghetto » ou « On the Road Again », il est depuis plus de deux ans installé à Bastia. Selon lui, l’histoire de sa venue en Corse prend sa source en 1993.

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Joao Bosco crée Patrimonio de Janeiro – Patrimonio 2018

Joao Bosco était le troisième invité de l’édition 2018 des Nuits de Patrimonio. Un monument dans ce temple vinicole. Avec Caetano Veloso, Chico Buarque, Gilberto Gil, il fait partie de cette génération qui a pointé le bout de son nez au début des années 70, quand le régime brésilien n’était pas tendre avec les artistes. De cette époque sont nées une série de chansons, devenues des classiques de la musique populaire du Brésil. Quatre partenaires l’accompagnent dans son spectacle. Hamilton de Holanda, présent pour la 4e fois en Corse (mandoline), Kiko Freitas (batterie) , Ricardo Silveira (guitare) et un bassiste. Dès l’entame de son concert, l’artiste transmet la langueur de son expression. On comprend en regardant Joao qu’il n’a pas besoin d’un orchestre pour s’accompagner. Sa bouche suffit. Il sort les sons qu’il veut et n’hésite pas à siffler pour se faire kiffer.

Seuls ceux qui savaient étaient présents.

Certains titres sont l’occasion de belles joutes entre la mandoline et la guitare électrique. Après « Rondo de Cuica », De Holanda délivre un solo de mandoline à couper le souffle. Puis, la guitare électrique se mue en clavier et la basse six-cordes assure le rythme alors que Kiko Freitas avec ses balais en bois donne cette couleur Auriverde d’azur, et peu à peu la pression monte. Les cordes des instruments s’entrelacent, les notes se lâchent pour rejoindre au loin le firmament Le rythme, les accords de folie, la justesse des notes, tous les ingrédients sont là pour transporter le public vers un meilleur ailleurs. Moment de magie quand Hamilton prend son chorus sur « Estate » chantée par la voix suave de Bosco. Patrimonio devient de Janeiro. Le final est musicalement carnavalesque. La guitare se transforme en basson, la mandoline en banjo et la basse au diapason semble se caler dans la baie de Guanabara. Pour le second rappel, le public s’est rapproché de l’artiste. Debout il entonne avec le chanteur un dernier hymne au Brésil. Une nuit magique qui laisse dubitatif quand on voit la faiblesse de la fréquentation pour un artiste majeur de ce qu’on appelle à présent la musique du monde. En fait, seuls ceux qui savaient étaient présents.

Michel Maestracci

Le feu en ouverture des Nuits – 2018

Eric Gales – Ritchie Kotzen

duo gagnant

Lorsque Ritchie Kotzen monte sur la scène des Nuits de la Guitare de Patrimonio, un ouragan vient de se produire.

Heureusement le vignoble n’a pas été impacté par cette tornade murie dans la tête du programmateur de cette 29e édition. Pourtant Ritchie Kotzen possède un sacré pedigree : membre de Mr.Fish, puis de Poison, collaborateur de Gene Simmons (Kiss) avant de monter son groupe The Winnery Dogs, en compagnie de Billy Sheehan et Mike Portnoy. Il y a du répondant. Il était attendu par le public des Nuits depuis un an au moins, mais
sur scène il a pris la mesure, en toute quiétude, de l’étendu des dégâts perpétrés par Eric Gales.

L’importance de l’église dans ses chansons

Voir la vidéo d’Eric Gales ici : Eric Gales en ouverture des Nuits

Ce dernier, immédiatement comparé à Jimi Hendrix lors de ses premières productions, joue le blues dans toute son expression avec la modernité du son. Il chante non pas les champs de coton, mais reste dans la tradition, celle des shouters (Howlin’ Wolf,) des ciseleurs (Albert King) ou des winners (Buddy Guy). Le blues qui sort de ses tripes et de son âme. Il revendique haut et fort l’importance de l’église dans ses chansons et délivre des titres  extraits de Middle of the Road, son dernier opus. Le natif de Memphis est un
« Boogie Man » qui véhicule des messages de sagesse (« heureux d’être clean depuis deux ans ») et transmet le frisson avec « Swamp ». Son bassiste cite « On Broadway » sur sa basse et le leader délivre « Don’t Fear the Reaper » de Blue Öyster Cult, c’est dire l’étendue du vocabulaire du bluesman. Backstage il précise qu’il est ami avec Eric Bloom tout s’explique ! Après avoir présenté La Donna Gales (perc), sa « Lovely wife », il termine son show par une citation de Beethoven (« Lettre à Elise ») enchaîne avec du Led Zep et AC/DC, du pur bonheur.
Eric Gales et La donna - 1

Sa voix  rappelle celle de « The Voice of Rock »

Voir la vidéo de Ritchie Kotzen là : Ritchie Kotzen à Patrimonio

Malgré tout ce tourbillon, Ritchie Kotzen a été à la hauteur de sa réputation. Avec sa voix qui rappelle étrangement celle de « The Voice of Rock », alias Glenn Hughes, il a puisé dans son riche répertoire pour transmettre là encore de belles émotions au public de connaisseurs présent pour l’occasion. Outre ses anciens succès « Socialite », il a montré son évolution en se plaçant derrière un piano électrique pour délivrer « The Road ». Après Patrimonio, il se produira à Pistoia avant de retourner en Californie ou sa voix se fera breeze  pour ses concerts à venir. Le public se retirait en paix en promettant de revenir pour vibrer aux son des autres guitares présentes pour la manifestation. Jean Bernard Gilormini avait vu juste en faisant de cette soirée l’ouverture des Nuits de la guitare et quelles guitares….
M.M.